Qui sont les gilets jaunes ? Des français, comme les autres.

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Le quotidien Le Monde vient de publier (1) une enquête sur les « gilets jaunes ». Que révèle-t-elle ? Que 33 % d’entre eux sont des employés, 14 % des ouvriers, 10 % des commerçants et artisans, 25 % des retraités. Qu’ils ont un BEP, un CAP ou le BAC en général, et que leur revenu est de 1 700 euros en moyenne. Pour 47 % d’entre eux, c’est leur première mobilisation. 64 % rejettent les syndicats, et 81 % les partis politiques.

Derrière la froideur des statistiques, qui sont-ils ? Des Français atteints dans leur dignité, d’abord, par les mots, le style et les priorités politiques d’Emmanuel Macron. Le président n’a certes pas tous les défauts. Mais il n’a connu ni la pauvreté, ni les pauvres, ni les situations d’échec, ni le temps qu’on passe avec « ceux qui ne sont rien »… Une vie de couple, sans enfant, après des « études dirigées » par sa future épouse, l’ENA, l’Inspection des Finances, la Banque Rothschild où il gagne près de 3 millions d’euros à 35 ans, l’Élysée comme conseiller du Président Hollande, le ministère de l’Économie où il recevait, parfois au cours de deux dîners sucessifs (!), patrons, journalistes, écrivains…

Sa vision de la France est celle d’une « société ouverte », sans frontières géographique, ni morale : il n’y a « pas de culture française », a-t-il dit. Bien sûr…

Sa gauche est libérale-libertaire et s’accommode fort bien d’une certaine « droite » qui, elle aussi, a renoncé depuis longtemps à côtoyer les Français qui souffrent : hédonisme, matérialisme, « globalisation » des comportements, individualisme ont tout submergé.  Des Français qui souffrent de tout : du déclassement social et de leur déménagement géographique, quand les loyers sont trop chers, puis quand les immigrés sont trop nombreux, et qui se réfugient, tels des « exilés de l’intérieur », dans la France « périphérique »… Celle où il n’y a ni autoroute, ni aéroport, ni TGV.  – Là où l’on « fume des clopes, et roule au diesel »

Ces Français-là vivent dans une société de consommation où ils ne peuvent consommer. Dans un pays où on leur a demandé des efforts sans en recueillir les fruits. Quand on a 1 700 euros par mois (et souvent moins), tout ce qui est agréable est cher. Tout ce qui permet de s’évader d’une vie dure devient « hors-de-prix », tout devient provocation… Les vacances (vues à la télé). Les restaurants (dont les terrasses s’étalent dans les rues quand il fait bon). Le cinéma (en famille, avec les friandises…). Les fêtes foraines, les vêtements de marque que les enfants réclament, les téléphones portables : la moindre « folie » se paye très cher : en agios, à la banque. Dans le choix de l’alimentation aussi (le bio, ce n’est pas pour tout le monde). Et puis le carburant, les assurances, les réparations, toujours incessantes sur les vieux véhicules. On ne s’en sort jamais. Pour beaucoup de Français, la vie s’écoule ainsi. De difficultés anciennes en difficultés nouvelles. Elles se greffent sur l’inconfort des problèmes de couples, de voisinage, d’enfants, de santé. Une spirale de malheurs.

Il y a bien sûr des réconforts : la famille, l’association, la commune, les amis. La paroisse, de moins en moins. Le métier, aussi, plus qu’on ne le croit. Mais quand un Président vous matraque fiscalement, tout en changeant la vaisselle de son Palais et en vous traitant d’« illettré », forcément, ça énerve.

C’était la France des « invisibles ». Grâce aux gilets jaunes de ceux qui sont en panne, au bord des routes, ou des ouvriers qui travaillent dehors (pas dedans), ils sont devenus « visibles ».  Et le Pouvoir, qui s’était d’abord obstiné, a reculé.

Attention, Monsieur le Président, la dignité « de ces gens-là », elle ne s’achète pas.

Bernard CARAYON,
Maire de Lavaur (81)

(1) Édition du 12 décembre.