Rantanplan

« Rente en Plan » voulais-je écrire ! François Bayrou a été nommé en Conseil des ministres haut-commissaire au Plan et à la Programmation, un nouveau titre qui remet la planification au goût du jour, ce nouveau poste taillé sur mesure étant « une responsabilité importante » aux yeux du Chef de l’Etat à qui l’élu du Béarn entend en référer directement. Le pari du Président est d’avoir convié François Pignon aux dîners de l’Elysée ; sans doute connaissant sa fidélité très aléatoire, Macron l’a placé là pour le fixer. L’inutile va enfin croire qu’il va devenir indispensable.

Le Plan ? Une vieillerie que l’on remet en place, confiée à un homme du passé (et encore le fut-il ?) censé dessiner le contour du nouveau monde avec une organisation digne du Komintern et qui monnaye à prix fort son soutien à Macron. Certes, nous n’en sommes pas en 1921, quand l’Union Soviétique créait le Gosplan, cet organisme d’Etat doté d’un réel pouvoir de contrainte chargé de définir et de planifier les objectifs à atteindre. C’est prétendument un « plan de modernisation et d’équipement de la France ». Déjà, depuis août, le Figaro a raconté les coulisses de cette nouveauté attendue. Le titre de « haut-commissaire » me rappelle le récent précédent fâcheux de Jean-Paul Delevoye, Emmanuel Macron ayant une grande capacité de ramasser les casseroles socialo-centro-macrono-compatibles  de la politique et du haut fonctionnariat. Reste-t-il encore du foin dans la mangeoire gouvernementale ?

Jamais un chef de l’Etat n’a eu l’impudence de proposer, après on ne sait quels marchandages un poste bidon de façon aussi flagrante ! A force de servilité et de persévérance dans l’opportunisme, François Bayrou va pouvoir continuer d’exister parmi les petits marquis de la macronie. Choix sidérant en matière de compétences : Bayrou après Benalla, Castaner, Griveaux, Belloubet, Buzyn et j’en passe… Le palois a enfin un titre qui le pose et un personnel de 200 personnes dédié à ses visions futuristes. Ce qui est désolant, sinon exorbitant en France, c’est la création de nouvelles strates de fonctionnaires s’ajoutant à celles existant. Les Français n’en auraient–ils pas assez de la « théodulisation » de la France ? Des hauts-commissariats, des Conseils, des ambassades de pôles, des Conventions citoyennes, des Ségur, des Comités, des Assises, etc. et autres groupes de gouvernement parallèle, alors que nous avons en principe de nombreux ministres normalement chargés de ces questions ? « En même temps » ajouterons-nous ! Pour préparer l’avenir, nous avons déjà aussi les coûteux France Stratégie, Conseil d’Analyse économique, France-Avenir, Secrétariat Général pour l’investissement, et France-Investissement, commission de 26 économistes réfléchissant sur les grands défis de demain, créée en juin par Emmanuel Macron. Alors, le « Haut-commissaire » serait la clé de voûte de tous ces machins ?

Ayant rompu avec les traditions de la famille démocrate-chrétienne, qui pourtant lui a valu son parcours et sa notoriété, Bayrou est à la loyauté en politique ce que Richter est aux séismes. Il n’est que de voir le destin de l’UDF, un parti de gouvernement qu’il a lui-même utilisé avant de le saborder et de vivre sur ses dépouilles, notamment immobilières, sans réussir à y réunir les ténors centristes. C’est Simone Veil qui a déclaré : « Je l’ai bien connu, puisqu’il a été mon directeur de campagne pour les élections européennes de 1989. Intrigant, opportuniste, il n’a pas changé… On m’avait prévenu qu’il me trahirait. Et ce fut vrai ». Quand une dame qui a connu les pires horreurs de la vie s’exprime ainsi, il est difficile de remettre en cause ses paroles.

Il a fait le grand écart avant de plier le genou devant François Hollande qu’il a fait élire, espérant qu’on lui confierait un strapontin, mais on l’a laissé à la porte du château. Puis, une sérénade ubuesque avec Ségolène qui lui tendait dans la douceur du soir sa main et un poste éventuel de premier ministre : « Cela devait le perturber d’être le n° 2 d’une femme », avait-elle commenté. Lors de la dernière présidentielle, l’apprentissage de la perfidie ne lui a pas pris beaucoup de temps, dans son délire messianique d’homme providentiel. Il s’est exclamé : « A nous deux, on fait sauter la banque ». Dont acte. L’attrait de la gamelle est plus fort que le sens de l’honneur (« Faut vous dire, Monsieur, que chez ces gens-là, on ne vit pas, Monsieur… on triche !» chante Jacques Brel). L’ambition n’est jamais illégitime en politique. L’Histoire peut dire comment ce qui a commencé en ambition s’est poursuivi en trahison pour finir en dérision…

François Bayrou a reçu le hochet qui le maintient dans la Macronie. Pour construire les trente années à venir, je ne vois rien dans sa personne qui lui octroie une quelconque légitimité pour occuper cette fonction. Déjà, en avril 2012, dans le journal britannique The Guardian, il était qualifié d’ « insipide, indécis, sans caractère, banal, sans intérêt ». Nicolas Sarkozy, dans son livre, l’a « habillé pour l’hiver ». Je n’en rajouterai pas une couche. Il n’est pas de vent favorable pour celui qui ne sait où aller…

Pierre Nespoulous