Référendum ? 

Nombreuses sont les préoccupations des Français, en cette fin d’année 2020, avec les crises sanitaire, identitaire, sécuritaire, économique et sociale. De son côté, Emmanuel Macron choisit le changement climatique et propose un référendum visant à l’inscription d’un impératif dans l’article 1er de la Constitution : « La République garantit la préservation de la biodiversité, de l’environnement et lutte contre le dérèglement climatique ». C’est là une proposition inutile et politicienne. Inutile, car il existe déjà une « Charte de l’environnement » annexée à la Constitution depuis Jacques Chirac. Politicienne, car cette opération de communication sert à faire diversion pour éviter les gros défis que sont la sécurité de l’Etat, la sécurité des citoyens, la réorganisation de la santé, l’islamisme, l’immigration, la croissance économique, l’identité (mode de vie, art de vivre, laïcité, etc.). A la place, on nous propose un référendum sur la pluie et le beau temps !

Cette idée reconnaît à la Constitution des pouvoirs surhumains. Le dérèglement climatique a des causes à rechercher dans des phénomènes naturels, cycles solaires et autres, bien au-delà des activités humaines. Nous n’avons aucun pouvoir sur les forces de la nature. Nous polluons beaucoup, c’est différent. Climat et environnement n’ont rien à voir. On peut avoir envie de propreté dans les espaces publics, d’air pur, d’une alimentation saine, etc., sans pour autant croire que l’homme est fondamentalement coupable de variations climatiques qui existent depuis la nuit des temps. Avant même que le Groenland ne fût la « terre verte » ainsi baptisée lors de sa découverte par les Vikings en raison de l’herbe généreuse qui y poussait !

Cette proposition de référendum émane des délibérations de la « Convention citoyenne », innovante petite assemblée populaire ressemblant à une « réunion de copropriétaires », empilant les « yaka, fokon », même s’il y a quelques suggestions de bon sens. Ce « Comité Théodule » supplémentaire, composé de citoyens tirés au sort et siégeant au Conseil Economique et Social (bien inutile lui aussi), a réclamé des décisions fortes pour lutter contre le réchauffement climatique. Cela avec la réserve de nombre de parlementaires qui se sentent objectivement frustrés de cette atteinte à un exercice démocratique qui devrait toujours avoir l’onction de l’électeur. Mais Emmanuel Macron sait prendre des initiatives pour piétiner cet exercice, de la même façon qu’il remplace de Conseil des Ministres par un Conseil de défense qui n’a pas à rendre compte. A faire participer le peuple, nous dira-t-il un jour alors le sort réservé à ces « Cahiers de doléances » que les français ont naguère été invités à signer en masse dans les mairies lors de la manœuvre appelée « Grand débat » ? Le Pilon ? Comment s’étonner de la déconnexion entre le Nation et ses dirigeants ?

Il y a un risque lorsque l’on court après l’actualité et que tout fait divers est prétexte à légiférer dans l’urgence : on empile des lois sur des lois. On pond des textes au kilomètre. Tout cela pour un résultat souvent nul puisque la devise de la France, la vraie, est de créer des lois au nom de grands principes, et de ne jamais les appliquer au nom de grands sentiments. Quant au référendum, il a toujours eu depuis le début de la Vème République une dimension plébiscitaire. Il y a une différence de dignité entre un de Gaulle et un Macron ! L’un a voulu un référendum de profond reformatage administratif et exécutif après la grande vague de 68. Un projet sérieux et construit était proposé. Les Français ont répondu non à moins de 3% près. Et le Général s’en est allé. Le second, alors que lui-même décrit l’état de guerre sanitaire dans lequel nous sommes, va nous chercher un référendum qui vient comme un cheveu sur la soupe : qui s’opposerait à la défense de la nature, qui serait partisan de détruire l’environnement ? Le résultat est connu d’avance (encore que…). Le général de Gaulle a mis sa fonction en balance pour partir. Emmanuel Macron ne met rien en balance. Jouer au poker en gardant les bonnes cartes sous la table, c’est peut-être gagnant mais cela reste méprisable.

Le Président cherche-t-il une crédibilité écologique, une virginité politique ? Si référendum il y a, les médias à la solde s’en donneront à cœur joie pour influencer l’opinion malléable, voire même à culpabiliser les autres. Les jeunes ont besoin d’un idéal puisqu’ils n’ont plus de religion. Il y a une forme de cynisme de la part du Chef de l’Etat avec ce référendum posé comme un piège institutionnel. Désormais la martingale est le climat. « Le climat, le climat vous dis-je ! ». Voilà qui dépoussière les propos de Toinette à Argan, où le « poumon » tenait la vedette dans « Le malade imaginaire ». Et tant pis pour ce ringard de Molière qui n’aurait pas aimé le progressisme !…

Pierre Nespoulous