Repentance… encore !    

Emmanuel Macron dénonce la colonisation comme un crime contre l’humanité, puis il rend hommage aux harkis, dénonce la rente mémorielle sur laquelle vit l’Algérie et commémore ensuite un prétendu « massacre » dont la France se serait rendue coupable le 17 octobre 1961. « Un crime inexcusable de la République » ! Ce sont plus que des « en même temps », pour ne pas dire de quoi cela relève ! Le chef de l’Etat s’est enfoncé un peu plus dans l’autoflagellation mémorielle. A sens unique. Car ne nous faisons aucune illusion, jamais l’Algérie en tant qu’Etat n’acceptera de s’engager sur la voie d’une mise à plat historique de la colonisation car il faudrait commencer par le commencement : ce qu’était ce territoire pendant les siècles de domination arabo-turque…

En 1961, c’était « la guerre d’Algérie », avec ses nombreux assassinats et massacres. C’était « la valise ou le cercueil » pour les pieds-noirs, c’était le terrorisme quotidien du FLN, plus massacreur d’ailleurs de Français indigènes que d’européens d’origine. Le nombre des civils français d’Algérie victimes du terrorisme est à peu-près connu, il dépasse les 3 000 et les disparus seraient 875. Le nombre des « européens » enlevés après le 19 mars 1962 est à peu près équivalent. Sans parler des milliers de supplétifs harkis épurés malgré les accords d’Evian.

Ce 17 octobre, cela faisait 60 ans que des manifestants algériens (200 selon le FLN) auraient été tués et noyés à Paris. Combien ? Toujours les mêmes comptages biaisés pour toute manifestation. De quoi en faire une journée de commémoration historique, comme le préconise le rapport de Benjamin Stora, celui qui a été choisi comme spécialiste de l ‘Afrique et qui réécrit l’Histoire selon son idéologie gauchiste. Bernard Lugan, autre historien incontesté de l’Afrique a aussi rédigé sur le sujet une enquête indiscutable : « L’Algérie, l’Histoire à l’endroit », dont le chapitre XI et intitulé « 17 octobre 1961, un massacre imaginaire ». Aucune polémique n’est possible sur ce sujet… La morgue de Paris enregistre tout : il en ressort qu’un seul cadavre serait lié à l’événement.

En 1988, le Premier ministre de l’époque, le socialiste Lionel Jospin, constitua une commission d’enquête. Présidée par le Conseiller d’Etat Dieudonné Mandelkern, elle fut chargée de faire la lumière sur ce qui s’était réellement passé le 17 octobre 1961 à Paris. Fondé sur l’ouverture d’archives jusqu’alors fermées,  le rapport remis par cette commission fit litière de la légende des prétendus « massacres » de ce jour-là. Le § 2.2.5 du rapport, intitulé « Les victimes des manifestations » est particulièrement éloquent. Car il parle de 7 morts, tout en précisant qu’il n’y en eut qu’un seul dans le périmètre de la manifestation, les six autres n’ayant aucun lien avec cet événement ou ayant perdu la vie postérieurement dans des circonstances détaillées dans le rapport.

Trop jeune, Emmanuel Macron ne saurait donc se souvenir d’une atmosphère d’attentats quotidiens et des premiers pieds-noirs rentrés la peur au ventre et des images atroces plein les yeux. Il faut préciser dans quel contexte s’est passée cette « fin » (provisoire?) de la guerre d’Algérie. Cela ne sert à rien de s’excuser éternellement devant une Algérie qui profite de la repentance française. L’on se demande d’ailleurs pourquoi les colonisés qui ont tant soif de vengeance rêvent de venir s’installer chez les colonisateurs. La génération qui avait vingt ans à l’époque conserve une pensée émue pour tous les camarades qui n’ont pas eu la chance de revenir sains et saufs de l’enfer algérien. Né en 1977, seize ans après, Emmanuel Macron n’a pas connu cette période. En conséquence, qu’il cesse de parler par ouï dire et de réécrire l’Histoire. Il voit cela de loin ; il faut qu’il s’imagine qu’il reste encore de nombreux témoins qui connaissent mieux la vérité que lui, qui ont passé plus de deux ans dans les Aurès et qu’il blesse par son inconscience. Il fait de l’Histoire comme M. Jourdain faisait de la danse. Quand un roitelet ne peut pas dominer le futur, il piétine le passé. C’est plus simple, mais c’est lâche. Comment se mettre en valeur ? Sa mise en scène de mauvais théâtre lors de son intronisation, au Louvre, est éloquente. Sa solitude derrière une gerbe de fleurs, en quais de Seine, est pathétique !

Il aura fallu un Président élu par l’élimination controversée de ses concurrents pour remettre en cause l’unité de la France par la division en groupes identitaires. Quand on est un « young global leader » dans la « start-up nation », pourquoi va-t-on se piquer d’une Histoire que l’on n’a pas connue ? Si, pour une fois, le locataire de l’Elysée voulait bien ne pas affaiblir la France au-delà du raisonnable pour de misérables raisons électoralistes, ce serait déjà bien…Et si, dans sa repentance, il allait jusqu’à présenter aux Français des excuses pour la signature des accords d’Evian ? Mais ne rêvons pas…