Repentances… 

Comme il l’avait fait lors de la campagne présidentielle, à Alger, taxant la colonisation française de « crime contre l’humanité » pour lequel nous devrions présenter des excuses, Emmanuel Macron a, ces jours derniers, repris ce thème dans ses discours lors de son périple africain. Il n’en a pas pour autant développé d’argumentation. A Ouagadougou, au Burkina-Faso, il s’est présenté comme le représentant d’une génération pour laquelle « les crimes de la colonisation européenne sont incontestables ». A Abidjan, reçu avec égards et fait chef traditionnel ivoirien « N’Djekoualé » (faiseur de paix) il a renchéri par une déclaration remarquée sur le colonialisme qualifié d’ « erreur profonde » et de « faute de la République ». Comme l’avait déclaré le grand sage qu’était le Président Senghor : « Si nous avons été colonisés, c’est que nous étions colonisables ».

Il est profondément désagréable d’entendre notre Président dénigrer la France lorsqu’il est à l’étranger, ce qui lui arrive épisodiquement, même s’il ne s’agit que de mots et de brassage d’air qui échappent à sa toute-puissance narcissique. Mais un Président devrait à tout le moins s’inquiéter de l’avis des Français avant de les condamner à devenir des criminels aux yeux de l’Histoire.

Il s’est d’ailleurs vanté d’ « appartenir à une génération qui n’est pas celle de la colonisation ». Ce qui est navrant dans les déclarations de ce jeune homme qui n’était pas né au moment des indépendances africaines des années 1960, c’est l’anachronisme qui le caractérise. Il s’exprime sans prendre aucun recul ni aucune précaution, c’est inepte ! Comme disait le professeur Choron qui, lui, avait fait la guerre d’Indochine : « On ne peut parler que de ce que l’on connaît » ! Plus grave même, ces paroles rendent encore plus difficile l’œuvre indispensable de réconciliation, de rétablissement de relations confiantes fondées sur un respect réciproque. Mais elles ont le mérite de flatter l’ego des dictateurs et de séduire les électeurs d’origine immigrée !

Il oublie que l’Histoire rappelle combien la France a joué un rôle important pour donner un essor à ces pays. Injurier le passé de façon inadmissible, sans dignité, sans magnanimité, accuser, récuser ne sont que propos de petites gens sans grandeur d’âme, sans culture, inconscients de ce qu’ils avancent. L’école a fait l’impasse sur le sujet pour ne pas réveiller des blessures un peu trop récentes. C’est dommage, car cela permettrait de déminer le terrain en étudiant les faits, les lois coloniales comme le décret Crémieux qu’Emmanuel Macron ignore, et se faire un avis plus nuancé.

Il récuse l’héritage en entier ? Alors que fait-il à cette place ? Il faut remettre les choses dans leur contexte avant de dire n’importe quoi de manière péremptoire et il serait donc temps d’établir une liste de ces crimes coloniaux ! L’eau, l’électricité, les routes, les chemins de fer, l’urbanisme, la découverte du pétrole et les progrès partagés, affirme-ton souvent. Mais la colonisation a aussi mis fin aux terribles affrontements ethniques, à l’esclavage et la traite musulmans, mais surtout a apporté des progrès médicaux réduisant la mortalité infantile et les maladies infectieuses. Théodore Roosevelt lui-même, président des USA, en tirait des conclusions : « le résultat fut que la piraterie sur la Méditerranée prit fin et que l’Algérie prospéra comme jamais dans son Histoire ».

L’Europe, dont Emmanuel Macron se voit déjà le chef, a appris à avoir honte de son oeuvre humanitaire et tous les esprits ont été imprégnés par les slogans culpabilisateurs. Ce qu’il y a de surréaliste avec la repentance, c’est que ceux qui présentent des excuses n’ont rien fait et ceux qui devraient les recevoir ne sont plus là…

Il arrive un moment dans l’Histoire où la plupart des descendants oublient les vieilles rancoeurs, ont fait la paix avec leur passé et veulent rebâtir une nouvelle vie. Nos rapports avec l’Allemagne en font foi. Et l’illustration des vietnamiens colonisés et de ce qu’ils ont fait depuis les combats d’Indochine me semble tout dire et fermer le débat. Je dirais au jeune banquier que l’Histoire ne peut être, comme à la Banque, une addition de créances et de débits qu’il conviendrait de compenser en permanence pour arriver à un solde zéro… Ce que l’on attend d’un Président, ce n’est pas une série de contritions au débit des Français. Dans son ampleur lyrique, Victor Hugo avait défini la colonisation : « C’est un peuple éclairé qui va trouver un pays dans la nuit »… Et c’est curieux tout de même que les victimes risquent leur vie pour se ruer en nombre vers le pays criminel.