Sainte Émilie de Villeneuve :
canonisation le 17 mai à Rome

Portrait d'Émilie de Villeneuve réalisé par le peintre Charles Valette (1813 Castres - 1888 Castres)

Le soleil brillait sur la cité du Vatican quand Sr. Maria Luiza Ayres, postulatrice pour la cause de Jeanne-Émilie de Villeneuve (1811-1854) est entré dans la Basilique Saint Pierre au matin du 14 février. Le soleil brillait aussi sur son visage, extrêmement souriant et joyeux. La religieuse a passé quinze ans à constituer le dossier (la positio) qui a permis de faire aboutir le procès pour la béatification de la bienheureuse, fondatrice de la congrégation des sœurs de Notre Dame de l’Immaculée Conception de Castres, en 1836. On se souvient que la cérémonie de béatification a eu lieu à Gourjade, le 5 juillet 2009, rassemblant quelques 6.000 fidèles. Puis Maria Luiza a poursuivi sa tâche pour faire reconnaître la sainteté d’Émilie.

Il était presque midi quand le cardinal Angelo Amato, préfet de la congrégation pour la cause des Saints s’est avancé près du pape François, assis devant le maître autel de la basilique vaticane sous l’imposant baldaquin de marbre noir. Ce dernier présidait la cérémonie publique du consistoire réuni depuis quelques jours, et il venait de créer vingt nouveaux cardinaux, dont le français Dominique Mamberti. Mgr Amato a alors proposé au pape de canoniser la bienheureuse Jeanne-Émilie de Villeneuve, ainsi que la carmélite Maryam Baouardy et Mère Maryam Sultanah, fondatrice des Sœurs du Rosaire de Jérusalem.

Après avoir écouté le prélat, le Saint Père s’est adressé aux cardinaux : « Frères vénérés, vous avez manifesté votre pensée par écrit et avez déclaré que ces bienheureuses sont des exemples de vie chrétienne et de sainteté que l’on doit donner à l’ensemble de l’Église en considération surtout de la situation de notre temps ». Puis il a décidé d’inscrire les trois bienheureuses dans la liste des saints et il a fixé la date de canonisation au 17 mai 2015, le dimanche suivant le jeudi de l’Ascension. Et les cuivres ont retenti dans la nef de la basilique, donnant à cette annonce une solennité exceptionnelle.

À l’écoute du nom d’Émilie de Villeneuve, prononcé par le Souverain Pontife, Sr. Maria Luiza a tressailli d’émotion. Au Romitello, maison générale de la congrégation à Rome, comme dans de nombreuses maisons des sœurs bleues, les religieuses et leurs amis étaient devant leur poste de télévision, faisant fi des fuseaux horaires, pour suivre la cérémonie en direct. La même émotion s’est alors emparé d’eux. En mai, ils viendront par centaines à Rome, depuis les 18 pays où la congrégation a essaimé depuis 1848, date de la première mission au Sénégal.

Jeanne-Émilie a fait de la disponibilité et de l’attention aux pauvres une priorité. Elle a pris le risque d’aller à la rencontre des exclus, des prisonniers ou des pauvres filles des rues de Castres. Elle a consacré sa vie aux soins des malades, à l’éducation des jeunes, à l’évangélisation, à la prière et à la charité. C’est cette mission que les religieuses, environ 600 aujourd’hui, poursuivent depuis les 124 communautés qu’elles animent sur quatre continents.

La décision prise au Vatican le 14 février met en lumière le charisme d’une nouvelle sainte française. Elle coincide avec l’appel du pape à aller vers les périphéries : La mission qu’Émilie de Villeneuve a confiée à ses sœurs est d’« aller là où le pauvre nous appelle ». Elle montre l’universalité de la mission de la congrégation qu’Émilie a fondée. Comme l’a indiqué Mgr jean Legrez, archevêque d’Albi, « La proclamation de sa sainteté concorde avec l’année de la Vie consacrée qui célèbre le don total de tant d’hommes et de femmes pour mener une vie donnée à Dieu et aux hommes ». Elle met aussi en avant une figure féminine au moment où le pape cherche à confier de nouvelles fonctions à des femmes au sein de la Curie romaine. En effet, la personnalité d’Émilie et le rôle joué par les sœurs des congrégations féminines incarne la formidable contribution des femmes à la vie de l’Église catholique et à la compréhension de sa mission dans son caractère social.

Nous concluons avec les mots de l’archevêque d’Albi : « Qu’à l’exemple de Jeanne-Émilie de Villeneuve, attentifs aux appels de l’Esprit Saint, nous puissions travailler ensemble à annoncer « Jésus là où il n’est ni connu, ni aimé » et à bâtir une société qui sache »aller où la voix du pauvre nous appelle ».

Richard Amalvy