Sans solidarité ministérielle, il n’y a pas de gouvernement

Les exemples ne manquent pas à ce sujet.

On se souviendra qu’en 1947, Paul Ramadier, Président du Conseil, mit fin par décret à la présence des ministres communistes de son Gouvernement.

On se souviendra aussi que Jacques Chirac, Premier ministre de Valéry Giscard d’Estaing lui demanda de mettre fin aux fonctions de Jean-Jacques Servan Schreiber, ministre des Réformes.

On se souviendra enfin que Michel Rocard, premier ministre, dut demander à François Mitterrand le départ du professeur Léon Schwartzenberg, ministre délégué chargé de la santé.

Ces divers départs furent prononcés avec le motif qui indiquait que les intéressés avaient manqué à la solidarité ministérielle.

Le Premier ministre, Jean Castex, il est vrai très occupé par les élections régionales en PACA et ailleurs, ne paraît pas avoir remarqué que le Garde des Sceaux et le ministre de l’Intérieur ne s’aimaient pas.

Certes, dans un gouvernement, la confraternité n’est pas obligatoire. Seule la solidarité ministérielle s’impose car le Gouvernement n’est pas une assemblée mais une unité politique portée par le Premier ministre et sous le contrôle du Président.

Gérald Darmanin a cru bon de manifester avec la police contre le laxisme des magistrats.

Éric Dupond-Moretti vient de faire dire qu’il ne présenterait pas de réponse puisque deux instances avaient été ouvertes suite à deux plaintes – qui semble-t-il ne seraient pas définitives – déposées par le ministre de l’Intérieur lui-même et Audrey Pulvar.

Il est vrai que si Madame Pulvar est tête de liste socialiste aux élections régionales en Ile-de-France, Monsieur le Garde des Sceaux est candidat aux régionales dans le Pas-de-Calais.

Voilà les constatations pourtant simples entourées de mystère, et celui qui n’est pas le moindre c’est que nous ne savons toujours pas si M. Dupond-Moretti démissionnera s’il est battu, comme c’est d’usage.

Je pense que l’on ne doit pas trop compter à une auto-flagellation quelconque de M. Dupond-Moretti après les régionales.

Disons qu’il peut y avoir des accommodements, même au suicide.

Car, comme nous l’avons rappelé la semaine dernière, le Général Bourbaki qui vit en 1871 un de ses Corps d’armée se faire interner en Suisse, se tira une balle dans la tête dont il devait mourir 27 ans plus tard.

Après son échec initial, ce fut une seconde maladresse.

Jacques Limouzy