Second tour : sans Nation, pas d’Etat, pas de démocratie, pas de citoyens, pas de solidarité, pas d’électeurs et pas d’élus !

Dimanche va se clore, par l’élection d’un des deux prétendants, le scrutin présidentiel 2017. Après ces « primaires », expérience qui fut un fiasco, et avant les deux tours des législatives, on peut dire qu’on en est au quatrième tour, pour en arriver à six en juin. Dire que dès lundi commenceront les supputations et manoeuvres pour 2022 ! Il en va ainsi du quinquennat ! Cette campagne présidentielle fut viciée par une manipulation médiatique visant à éliminer le candidat de droite pour qui l’élection était « imperdable ». Nous avons entendu parler d’assistants parlementaires, voire de costumes, alors que nous aurions aimé des débats – et non des exercices télévisés rabaissant les candidats au niveau de The Voice ou Secret Story – autour des questions essentielles pour la Nation. Je dis bien la Nation, et non la république comme l’on dit souvent. La république, comme la monarchie, est un système politique qui est au service de la Nation. Il est utile de rappeler que sans Nation, pas d’Etat, pas de démocratie, pas de citoyens, pas de solidarité, pas d’électeurs et pas d’élus. Quand a-t-il été sereinement question, dans cette campagne, d’immigration massive et incontrôlée, du laisser faire face à la délinquance, de l’identité nationale, de la dette phénoménale, de l’acharnement policier, juridique et fiscal vis à vis des citoyens laborieux, etc.?

Désormais, il s’agit de départager Marine Le Pen et Emmanuel Macron. Nombreux sont ceux qui veulent nous prendre par la main et nous dire comment défendre le camp du Bien. C’est la première fois que l’on voit toute la nomenklatura française sans exception, la « haute » comme on disait autrefois, venir dire à la basse classe, la valetaille, comment voter. Ce n’est ni plus ni moins que la réinstauration du scrutin censitaire : je te concède un bulletin de vote… Il n’y a pas un seul vieux cheval de retour de la politique ou de la gent jacassière (ceux qui ont fait leur métier de commenter la vie politique, comme les appelait Raymond Barre) qui ne manifeste un grand enthousiasme pour celui des deux candidats qui incarne une vision assez opportuniste de la politique. Sa ligne programmatique mal affirmée se dit à la fois de droite et de gauche mais représente, à y bien regarder, un vrai concentré de la social démocratie classique, ses ralliements en font foi. Et l’on y retrouve bien sûr l’éternel trio de comiques troupiers (BHL, Minc, Attali) sur lesquels il n’est pas besoin d’épiloguer.

Les consignes « Votez et faites voter »… sont pour le moins du siècle dernier. Les gens votent en leur âme et conscience. François Fillon et ses amis se sont rendus à leurs adversaires de façon si précipitée qu’ils ont choqué jusqu’aux plus fidèles des Républicains de toujours. Le vote est secret en France depuis une loi de juillet 1913. Cette prescription est d’ailleurs reprise par les articles L59 et L60 du Code électoral. Rien n’autorise donc quiconque à faire part de son choix lors d’une élection, et encore moins la presse de se saisir de ce choix pour faire pression sur l’électorat. Il s’agit là, encore, d’une malheureuse pratique antidémocratique, à laquelle se sont soumis les politiques, sans parler des artistes et histrions de seconde zone qui pensent avoir quelque audience. D’un point de vue purement éthique, il conviendrait de revenir sur cette habitude néfaste et d’interdire, sous peine de sanction pénale, de dévoiler publiquement ses intentions de vote. A n’en pas douter, la rigueur et la transparence démocratiques y gagneraient ce que les manipulations électorales y perdraient. Même si l’on n’aime pas M. Mélenchon avec son programme bolchevique d’une démocratie vénézuélienne ou M. Lassalle avec son folklore, l’on doit leur rendre hommage pour leur honnêteté de ce côté-là, de ne pas se sentir propriétaires des voix de leurs électeurs…

Le libre choix électoral est bafoué par l’influence des politiques et des médias. Quant aux « réseaux sociaux », ils ont un terrible effet de catalyseur. Le citoyen y devient un militant fervent, chacun de ses « posts » est un manifeste puissant comme du Zola ou du Béraud, chaque débat sur la toile est un clash de titans. Mais qui sauvera les Français d’eux-mêmes ? Ne peut-il y avoir une quelconque cohérence dans le vote au suffrage universel ? Les éléments irrationnels de séduction y sont bien plus importants que les discours raisonnables et intelligents. Vous aurez beau faire des analyses d’expert, l’arbitraire volera au-dessus. Il y a un réflexe très humain. Rares sont les gens qui ont une vision de long terme. Il ne s’agit pas de savoir si leur vision est juste ou erronée : ils n’ont tout simplement pas de vision à long terme.

Le rejet des idéologies classiques – ni droite ni gauche – n’exprime sans doute pas tant une volonté de renouveau politique qu’un vide du contenu, que les efforts des conseillers en image et autres communicants peinent à masquer. Les « valeurs » fondent comme neige au soleil ? Suis-je bête ! J’ai oublié le réchauffement climatique !

Pierre Nespoulous