Séphora

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Séphora, épouse de Moïse, enterrée selon la tradition juive au tombeau des Matriarches à Tibériade, peinte par Botticelli sur une fresque de la Chapelle Sixtine, a donné son nom, plus prosaïquement, à une chaîne de parfums et de cosmétiques. 

En ce 23 septembre 2013, une décision de la Cour d’appel de Paris a condamné le magasin “Séphora” des champs Elysées, “vaisseau amiral de la chaîne des cosmétiques”, à fermer ses portes à 21 heures, alors qu’il était ouvert, dans ce lieu de passage de touristes et de noctambules, bien plus tard dans la nuit. Ce couvre-feu voile le rayonnement international de ce symbole du prestige français qui fait accourir le monde sur son pavé et vivre son économie. Ce sont les touristes qui font vivre les Champs Elysées et le touriste étranger qui passe ne reviendra pas… 

Il est surprenant que Jean-Marc Ayrault, qui nous sert de Premier ministre, ait affirmé péremptoirement à ce sujet que “les décisions de justice doivent être appliquées”, en évitant de parler des cent mille peines de prison ferme non exécutées. Certes, la décision de justice intervenue la semaine dernière reflète sans doute la stricte application de la loi, mais elle marque une nouvelle étape dans la spirale engagée il y a deux ans par les syndicats contre la libéralisation relative du travail, en particulier le dimanche, intervenue en 2009 et qui revient au premier plan ces jours derniers, et contre tout projet d’assouplissement des horaires concernant le travail le soir. Quand l’idéologie prime, le pire est à craindre. Les juges de ladite Cour d’appel ont-ils ajouté le portrait du directeur de ce magasin sur le “Mur des cons” du Syndicat de la Magistrature ? 

Il ne restera bientôt plus que la liberté de ne pas avoir à choisir ! De façon générale, la liberté, premier principe de la devise de notre République, est le concept qui désigne la possibilité d’action ou de mouvement sans contrainte. 

Il est significatif que les cinquante employés du soir chez “Séphora Champs Elysées” apprécient les horaires décalés et surtout les 25% de bonus salarial. Mais qu’attendre d’un Normal Ier qui a aussi rayé d’un trait de plume la défiscalisation des heures supplémentaires ? Alors – et c’est exceptionnel – ces salariés portent plainte contre un syndicat de salariés à l’origine de l’affaire ! Le recours à la justice est un appel à l’aide. Lesdits employés défendent leur emploi en justice, contre l’intersyndicale à l’origine de leur probable perte d’emploi, intersyndicale qui n’a rien à voir dans cette entreprise ! “C’est insensé”, s’exprime un salarié habitué des nocturnes de ce magasin, “on a tous fait ce choix non seulement librement, mais par envie. Car c’est 25% de salaire en plus et surtout une ambiance de travail unique” (sic). La CFTC, majoritaire dans ce magasin, est “éberluée”, confie un employé. La fronde des salariés qui risquent de perdre leur emploi suite aux actions de ceux qui prétendent les défendre est un véritable camouflet pour les syndicats. 

Et si, pour changer un peu, les partis qui font la loi et les syndicats qui la leur dictent f… la paix aux gens, rien que pour voir si des accords ou des contrats librement négociés peuvent fonctionner ? Dans ce pays nous avons plus de trois millions de chômeurs et l’on fait tout pour que des gens ne puissent pas travailler librement ! Lorsqu’il y a opposition entre le droit du travail et le droit au travail, on bafoue les libertés individuelles. Rien n’impose l’obligation du travail la nuit ou le dimanche (les magasins Leroy-Merlin et Conforama sont sur la sellette sur ce dernier point ces jours derniers), en revanche on aliène la liberté individuelle de ceux qui souhaitent l’exercer. Relire la déclaration universelle des droits de l’homme ! 

Il n’y a rien à dire. Dans ce pays le travail est une tare, l’aliénation de l’homme. Vive l’assistanat, le RSA, la CMU, l’AME. Comment est-il possible que certains travailleurs ne se posent pas la question de savoir s’il ne serait pas plus rentable de rester chez eux ? Le pays est bloqué et irréformable. On ne vit pas au vingt-et-unième siècle mais au dix-neuvième, celui de Victor Hugo et d’Emile Zola. Mais, comme l’a dit Coluche, dans un aphorisme digne de Winston Churchill, “la gauche aime tant les pauvres qu’elle en fabrique”… 

En France, en pleine crise économique, on se pose encore la question d’interdire une chose sur laquelle les personnels, les employeurs et évidemment les consommateurs sont d’accord. Alors, pour réfléchir à cela, le gouvernement a mandaté Jean Paul Bailly, ancien directeur des Postes, pour réunir une commission chargée de réfléchir et produire un rapport sur ce dossier… Quand on veut enterrer un problème, c’est bien connu, on forme une commission. “L’essentiel pour moi, ce n’est pas ce que peuvent penser le comité Gustave, le comité Théodule ou le comité Hippolyte, c’est ce que veut le pays. J’ai conscience de l’avoir discerné depuis vingt-cinq ans. Je suis résolu, puisque j’en ai encore la force, à continuer à le faire” (Charles de Gaulle, 25 septembre 1963). Mais c’était, lui, un vrai chef d’Etat.

Pierre Nespoulous