S’il vous plaît, ralentissez !

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A Saint-Cergues, en Haute-Savoie, on a le sens de l’humour. La commune invite les automobilistes à lever le pied de manière humoristique.© Mairie de Saint-Cergues

La décision unilatérale du Premier ministre d’abaisser la limitation de vitesse sur le réseau secondaire à 80 Km/h n’en finit pas de créer la polémique et diviserait même jusqu’au sommet de l’Etat. Après les vives critiques émanant d’associations de défense des automobilistes, de motards, d’élus des territoires ruraux, des Présidents de Conseils départementaux, les remontées du terrain sont négatives et pourraient même avoir des conséquences sur la cote de confiance de l’Exécutif.

L’on connaît la volonté d’autorité et cohésion gouvernementale du Président Emmanuel Macron, ce qui l’honore. Mais la polémique sur ce projet des 80 Km/h vient d’être relancée avec l’intervention d’Edouard Collomb, ministre de l’Intérieur, laissant deviner sa désapprobation en répondant « Joker ! » à une question sur le sujet. Pire, reçu le lendemain par le journaliste Jean-Jacques Bourdin, à la question : « Cette mesure ne vous plaît pas, vous n’allez pas me contredire », il répondit : « Je ne vous contredis jamais ». A fleurets mouchetés ! De fait, le ministre de l’Intérieur a son mot à dire, puisqu’il est en charge de cette compétence ! Il laisse deviner sa réprobation de cette mesure controversée, comme d’autres ministres, Darmanin ou Le Drian, le Président Macron lui-même restant sceptique quant à son efficacité : elle ne figurait pas dans son programme.

Cette mesure, on a l’impression qu’Edouard Philippe est le seul à y être attaché. Bien trop orgueilleux pour reconnaître s’être fait enfermer dans un piège, le voilà donc autoritaire, cassant, psychorigide, dogmatique et sectaire. Il est vrai qu’il a été à bonne école, avec son « patron » Juppé, « droit dans ses bottes »! En octobre 2015, alors maire du Havre, Edouard Philippe avait été contrôlé à plus de 150 Km/h sur un tronçon limité à 110 ! Le résultat sera-t-il le contraire de ce qu’il prétend, car cette limitation énervera encore une fois de plus les impatients et les imprudents qui sont les vrais fauteurs d’accidents, outre le téléphone au volant, l’alcool voire le cannabis : ceux qui ne respectent pas les limites continueront à ne pas les respecter. Il faudra qu’un expert nous explique pourquoi, tandis que la France va abaisser la vitesse de 10 Km/h sur les routes secondaires, le Danemark vient de l’augmenter d’autant, considérant les progrès effectués pour l’état des routes et dans la fabrication des véhicules sur le plan de la sécurité…

Non pas que la limitation inférieure à 90 soit une absurdité, nous connaissons déjà le 70 ou le 50, voire le 30 en ce domaine dans les endroits où le danger est réel. La plupart des pays dont les gouvernants sont intelligents optent pour une vitesse modulée selon la configuration de la route, ce qui est pertinent. Réapparaît alors dans le débat dame Chantal Perrichon, présidente d’une certaine « Ligue contre la violence routière », grande-prêtresse autoproclamée de la sécurité automobile, raison d’être de cette soixante-huitarde attardée, ex-étudiante en psycho qui se précipite dès qu’un micro lui est ouvert. Persuadée que l’automobile est la cause de tous les maux, elle ne propose rien de vraiment réaliste. La France en a ras-le-bol du parasitisme de tant d’associations, qui ont pourtant tellement l’oreille des gouvernants !

Le chef du gouvernement est en train d’imposer le passage en force de cette mesure malgré l’absence de concertation et d’une réelle d’étude d’impact sur d’éventuels bénéfices en matière de sécurité routière. Au mépris aussi des plus de 2 millions de conducteurs qui se sont mobilisés pour faire barrage, et dont les pétitions ont été balayées d’un revers de main face aux juteux bénéfices que pourrait rapporter à l’Etat la multiplication des radars qui vont piéger les fous du volant roulant à 83 Km/h. Comment Edouard Philippe peut-il affirmer que la plupart des accidents interviennent entre 80 et 90 Km/h ? Je préfère m’en remettre à l’avis de Philippe Bouvard selon lequel « le champignon automobile est hallucinogène » !

En ces temps où le « politiquement correct » tient lieu de cerveau à grand nombre de décideurs et de faiseurs d’opinion, inutile de polémiquer, quand on sait les conditions dans lesquelles le pouvoir a été conquis ; tout sera fait pour le conserver. Alors que nos lois sont un véritable cauchemar pour la circulation, alors que le prix des carburants dépasse désormais celui du beaujolais-villages et que la dette de l’Etat est comme un puits sans fond, que représentent les centaines de millions d’euros, soit le coût du remplacement du nombre incalculable des panneaux 90 par d’autres de 80 ? C’est donc, aussi, une bagatelle que de fréter un avion à 350 000 € pour rentrer plus vite de Tokyo à Paris, selon Edouard Philippe ! De toute façon, nous serons de plus en plus menés, conditionnés, contrôlés, surveillés, épiés… j’oubliais, taxés, imposés, voire ruinés. Il n’est pas bon, avec ce régime, d’être un rural, retraité, conducteur, propriétaire, et j’en passe…

Pierre NESPOULOUS