Sondage : l’avenir incertain des responsables politiques français

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Ce vendredi, le Figaro Magazine publie son baromètre mensuel, sondage réalisé par Kantar Sofres Onepoint sur la base d’interviews réalisés entre les 24 et 27 octobre auprès d’un échantillon de 1000 personnes. Aux termes des résultats, l’incertitude reste la donnée la plus sûre quant à l’avenir des responsables politiques passés au crible des personnes sondées. Analyse de Richard Amalvy.

Ayant démarré son mandat avec une côte de 57%, Emmanuel Macron ne jouit plus que de 26% de confiance en octobre 2018, quand celle accordée à Edouard Philippe passe, en 18 mois, de 49 à 31 %. La réforme du quinquennat, qui place le président en relation frontale avec les citoyens électeurs, a cela de dangereux qu’il n’est plus protégé par un premier ministre « fusible » ou « paravent ». Il est grand temps, pour le président, de se mettre en retrait et de laisser le gouvernement gouverner, ce qui était l’intention originelle et « jupitérienne » de sa présidence.

Alors que les enjeux internationaux ne sont pas des moindres, le président a décidé de partir à la rencontre des français en visitant le Nord de la France avant les cérémonies du 11 novembre. Une occasion, peut-être, de se transformer en père de la nation : un rôle de composition pour un jeune président. Cette tournée des popotes comporte le risque de se mettre encore en danger, alors qu’une fronde populaire s’organise pour le 17 novembre contre la hausse des carburants, un mouvement fortement instrumentalisé par la France Insoumise et le Rassemblement National.

Malgré son effondrement, le président se maintient devant les principaux chefs de l’opposition. Il n’existe pas d’alternatives crédibles. À la question « Pour chacune des personnalités suivantes, voulez-vous me dire si vous souhaitez lui voir jouer un rôle important au cours des mois et des années à venir ? », il est frappant de voir combien les opposants au président de la République ne se portent pas mieux que lui.

À gauche, Jean-Luc Mélenchon, leader de la France Insoumise recueille un score de 22 %, soit 9 points de moins qu’au mois d’octobre. Ses aventures médiatico-judiciaires sont passées par là. Tout en disputant la fonction tribunicienne à Marine Le Pen, son indiscutable talent de premier comique ne le rend pas plus crédible, ce qui est rassurant, et notamment auprès des siens où, selon le sondage, il passe de 55 à 40% de côte d’avenir. En interne à sa gauche, François Ruffin progresse de 15 à 26 points.

Olivier Faure, premier secrétaire du Parti Socialiste touche l’abîme en bon dernier du palmarès, à 5%. Le socialisme qui fut une idée neuve, n’est pas au mieux avec le député de Seine-et-Marne. Et pourtant, Benoît Hamon, candidat socialiste en 2017 dépasse son coreligionnaire en se plaçant à 22 points. Ce dernier bénéficie peut-être de son effacement et du souvenir pertinent de son analyse sur l’avenir du travail.

Chez les marcheurs (LREM), Christophe Castaner progresse de 5 points, passant de 11 à 16%. Le nouveau ministre de l’Intérieur va devoir faire un effort pour inspirer confiance et gagner en popularité. Le parti présidentiel doit se poser des questions quant à son emprise sur le territoire.

Doyen de ce hit-parade, François Bayrou (Modem) perd 4 points pour atteindre 18%, c’est-à-dire son score fétiche du premier tour de la présidentielle de 2007. Mais le béarnais agit dans l’ombre, où l’avenir paraît l’avoir assigné.

Chez Les Républicains, Laurent Wauquiez ne décolle pas, se maintenant à 12%. Il est dépassé de peu par ses propres amis politiques : François Baroin et Valérie Pécresse se situent à 15%. Le plus inquiétant pour Wauquiez vient de l’intérieur du parti où, même s’il jouit d’un score de 34% il est dépassé par Baroin à 48% et de non LR comme Marion Maréchal (38%) et Nicolas Dupont-Aignan (39%). Ce dernier est à 12 points dans le baromètre.

Marine Le Pen progresse de 3 points en un mois, à 19%, bénéficiant de la grogne habituelle et peut-être de la chute de Mélenchon. Leurs électorats communiquent. Muette mais dans tous les esprits, même chez Les républicains, sa nièce est à 17 points, mais dépasse sa tante en interne à 51 contre 49.

Absent du palmarès, François Hollande subit une grande injustice, lui qui ne cesse d’être partout, profitant de la promotion continue de son dernier livre, un succès de librairie. Il n’est pas normal que ce bavard ne soit pas côté pour que l’on sache ce qu’il pèse encore en faisant autant d’efforts pour que l’on parle de lui.

Ce baromètre sur la côte d’avenir des responsables politiques montre à la fois perplexité du corps électoral et son indétermination à envisager une solution meilleure que celle qui est à l’œuvre en ce moment. Interrogé par Le Point, Nicolas Sarkozy a d’ailleurs déclaré au sujet d’Emmanuel Macron :  « Je sais combien il est difficile de satisfaire toutes les attentes nées d’une élection. Je m’abstiendrai donc de le critiquer ».

Notons que l’ancien président est toujours dans le baromètre à 17 points, et qu’il reste le champion de sa famille politique pour 51% des sympathisant LR. Ce qui montre que le passé peut donner des envies d’avenir.

Concluons donc avec Pierre Dac que « rien n’est moins sûr que l’incertain ».

Richard Amalvy