Souvenirs : mes 100 ans de La Dépêche

Le 4 septembre 1870, au lendemain du désastre de Sedan, est proclamée la République ; elle était la liberté des hommes, l’égalité des citoyens et l’espérance de la justice.

Ce fut dans ces moments que naquit le 2 octobre 1870 un quotidien de quatre pages : La Dépêche. Ce dernier devint une ligne éditoriale nationale avec les signatures de Jaurès, de Clémenceau, de Poincaré, de Herriot et de bien d’autres.

Cent ans après, la présidente de la publication, Evelyne Baylet, qui dirigeait le journal depuis la mort accidentelle de son mari, Jean Baylet, tenait à célébrer le centenaire du journal en présence du Premier ministre Jacques Chaban-Delmas pas seulement parce qu’il l’était, mais parce qu’il avait été l’ami de son mari.

Politiquement, l’affaire présentait ses difficultés qu’avait résumé Arthur Comte à la tribune de l’Assemblée nationale en citant Mme Baylet comme « la grande Walkyrie de la presse opposante ».

Puisque j’étais membre du Gouvernement Chaban-Delmas, le Cabinet du Premier ministre me demanda de la rencontrer pour faire disparaître les quelques difficultés dues à ce déplacement.

Je ne pouvais pas la voir à Toulouse et je ne pouvais par lui demander de venir me voir. Un déjeuner paraissait possible. On me dit qu’elle avait ses habitudes chez « Laurent ». Quatre personnes y assisteraient outre elle-même et Fernand Cousteau, moi-même et Jean Philippe Castan, ancien journaliste à la Dépêche, entré depuis au service communication du groupe Pierre Fabre. Il était surtout un membre officieux de mon Cabinet.

La rencontre fut satisfaisante, presque cordiale, ce qui conduisit Jacques Chaban-Delmas à se rendre au centenaire à Toulouse et prendre la parole le plus efficacement possible au Musée des Augustins. La cérémonie terminée, il me laissa aller déjeuner chez la présidente de La Dépêche.

Bien évidement quelques critiques avaient surgi à mon endroit de la part de mes amis, et aussi une interrogation de l’Express qui avait eu vent de ce repas.

Il fut de même pour moi, lorsque plus tard, je lui parlais de mes amis. Elle me répondit : « ça été pareil avec les miens ! ».

Je note que sur le plan local, les mauvais rapports que j’avais entretenus avec La Dépêche commencèrent à s’estomper. Il y avait dans ces oppositions plutôt qu’un affrontement de position politique, un problème de méthode.

Tout s’améliora lorsque La Dépêche, au lieu de faire appel à des créatures politiques comme correspondants à Castres, finit par faire appel à des journalistes professionnels.

Jacques Limouzy

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