Sur la CSG

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Nombreux sont ceux qui, à cette période de l’année, se sont penchés sur leur déclaration de revenus et ont redouté, du moins pour les quatre Français sur dix (au diable l’égalité) qui paient un impôt sur le revenu, ce qui les attend inéluctablement… Ils ont pu calculer le montant de leur imposition, « agrémentée » de la Contribution Sociale Généralisée, ce prélèvement obligatoire qui participe aux dépenses sociales à la place des cotisations prélevées sur les salaires, CSG signifiant aux yeux de certains « Charité sans générosité »… A l’origine, elle était à 1, 1 % des revenus. Désormais, elle est fixée à un peu plus de 9 % des revenus d’activité ou de patrimoine et à 8, 3 % des retraites, car, depuis le 1er janvier 2018, le gouvernement a réévalué le taux de la CSG afin d’augmenter les recettes venant de cet impôt, pudiquement appelé « prélèvement ».

La petite chanson sur la CSG commence à faire son chemin. On nous avait bien parlé d’une augmentation de la CSG de combien ? 1, 7 %. Pas de quoi s’affoler. Sauf que ce n’est pas 1, 7 %, mais 1, 7 point ! Et comme l’immense majorité des retraités d’aujourd’hui n’est pas allée à l’école des cancres de Najat Vallaud-Belkacem, il leur sera aisé de faire le calcul : l’augmentation du point appliqué au pourcentage du taux initial, cela fait tout de même une augmentation de 25, 75 % ! 60 % des retraités (ceux percevant plus de 1 200 € par mois, en couple ou non) sont concernés. La majorité donc. Monsieur Ferrand, chef de nos députés « En Marche », l’homme des Mutuelles, qui sait, paraît-il, si bien gérer personnellement leur patrimoine, expliquait récemment que 40 % des retraités ne seraient pas touchés. Tout est question de présentation. On ne dit pas « sourd », on dit « malentendant ». De même on ne dit pas baisser les pensions, on dit augmenter la CSG. Important, l’emballage…

Le pouvoir évacue ces pertes d’une pichenette méprisante et se gargarise de la mensongère augmentation des revenus des actifs. L’arrogante ironie macronienne remerciant les retraités rappelle celle de ses amis ministres ou députés socialistes qui se moquaient des ouvriers lorsqu’on a supprimé la détaxation des heures supplémentaires instaurée par Nicolas Sarkozy. On fait passer les spoliés pour des nantis qui devraient avoir honte de pleurer sur leur perte.

Cela, c’est l’une des deux mâchoires qui vont broyer les retraités. La seconde, c’est évidemment l’augmentation de la taxe foncière qui pend au nez des propriétaires, alors même que ces biens matériels, acquis par les revenus du travail, sont une légitime aspiration à une sécurité financière. L’exonération de la taxe d’habitation pour 80 % des Français, derrière le fameux « C’est l’Etat qui paiera » cache évidemment cette sombre perspective.

Cela dit, si le gendre idéal qu’est Emmanuel Macron s’inspire des idées de son mentor Jacques Attali, les solutions sont d’ores et déjà trouvées pour abréger ces souffrances. Ce dernier n’écrivait-il pas, dans « L’avenir de la vie », avec l’enthousiasme mitterrandien de 1981 : « Je crois que dans la logique même de la société industrielle, l’objectif ne va plus être d’allonger l’espérance de vie, mais de faire en sorte qu’à l’intérieur même d’une vie déterminée, l’homme vive le mieux possible mais de telle sorte que les dépenses de santé soient les plus réduites possible en termes de coût pour la collectivité. Il est préférable que la machine humaine s’arrête brutalement plutôt qu’elle se détériore progressivement. L’euthanasie sera un élément essentiel de nos sociétés futures ». Mais, au fait, que pense aujourd’hui Jacques Attali des âneries proférées dans sa jeunesse et de son éventuelle euthanasie, puisqu’il a désormais abordé le troisième âge ?

Monsieur Macron ferait une grave erreur de considérer les retraités comme un réservoir fiscal. Les pensions de retraite sont gelées, voire en baisse, depuis plusieurs années, à la différence du coût de la vie. Ces derniers, imposés à la CSG au taux plein, subissent aussi le prélèvement d’une Contribution additionnelle de Solidarité pour l’autonomie, depuis 2013. Quant à la compensation par la diminution voire la suppression de la taxe d’habitation, on verra plus tard, paraît-il… « Demain on rase gratis ». Les retraités qui avaient massivement voté pour le petit banquier sont sortis de leur béatitude car ils ont, en leur temps, payé la vignette Ramadier pour les vieux et on leur demande  maintenant de payer la CSG pour les jeunes. S’engouffrant dans le tonneau des Danaïdes qu’est le budget de l’Etat, cette odieuse rapine ne permettra pas d’augmenter les revenus des actifs. Et « ceux qui ne sont rien » aux yeux du Président seront juste un peu moins que rien, ce qui n’est pas grand-chose en somme ! « Impossible n’est pas français ». Tandis qu’« imposable » l’est totalement…

Pierre NESPOULOUS