Sur les évolutions régressives et le retour des vieilles perruques

Dans une époque qui s’ouvre au numérique, ou comme on a pu l’écrire, il y a beaucoup plus d’opportunités à saisir que de défis à surmonter.

Or, le Conseil supérieur des programmes dans l’Education nationale en France, plus sensible à des évolutions régressives qu’à la numérisation du monde a proposé bien au contraire de remplacer les chiffres par des lettres pour l’évaluation des élèves.

 

I – Une nouveauté bien ancienne

Quelle mouche a donc piqué ce Conseil supérieur pour aller une fois de plus proposer ce remplacement des chiffres par des lettres.

Les raisons en sont connues. Des esprits avertis et même subtils comme le Président Edgar Faure y avait jadis pensé, mais comme cet homme d’Etat était aussi un homme politique issu d’élections successives, il avait fini par considérer que les consultations générales et particulières avaient lieu devant le peuple où l’évaluation des candidats objet de nombreuses lettres se concluait par un chiffre et pas autrement.

Certes, on dit que la notation par chiffres serait traumatisante parce qu’elle apparaît comme une sanction ou un récompense.

On ajoute que la recherche d’une notation bienveillante conduit à l’abandon des chiffres et ceci sans nous démontrer pourquoi une notation sur vingt serait malveillante.

 

II – L’Homo Sapiens est numéricus

Il reste qu’un cursus scolaire long sera accompli sans que jamais un chiffre ne prépare à vivre dans un monde d’adultes où va se trouver projeté un adolescent dépourvu de moyens comparatifs.

Il devra apprendre que son salaire est en chiffres pas en lettres, que s’il veut acheter une auto ou une maison c’est en chiffres, s’il est artisan ou un entrepreneur et s’il répond à un appel d’offre, c’est en chiffres, à la banque c’est en chiffres, s’il compte les jours de sa vie, l’éventualité de ceux qui lui restent à vivre, ce sera encore en chiffres.

Les projets, les hypothèses, les comparaisons, … se feront pour lui en chiffres.

Pourquoi voudrait-on qu’au cours de ses quinze premières années, il ne sache ni ce qu’il vaut, ni ce que valent les autres, comment se connaître ou s’identifier, comment même se rassurer ?

“Quand je m’examine, je m’inquiète. Quand je me compare, je me rassure” disait Talleyrand.

 

III – Une offensive des vieilles perruques

L’explication des aberrations ainsi proposées serait-elle qu’il pourrait rester encore au Conseil supérieur des programmes quelques vieilles perruques datant de 1968 qui craignant aujourd’hui un effondrement prochain de la gauche, présenterait encore à l’opinion le bréviaire d’une époque révolue dont nous croyons encore entendre les sourates.

– L’enseignement de l’orthographe participe au maintien de l’ordre.

– Les notes à l’école sont le reflet d’une société de compétition par conséquent capitaliste.

– Les notes sont destinées à désigner les héritiers du système libéral.

– “Le Conseil supérieur des programmes est-il retombé dans ces niaiseries”. (Luc Ferry).

 

IV – Sur une lettre et un chiffre

Chacun à l’aube de sa vie professionnelle est noté d’une manière ou d’une autre.

Veut-on que ce soit la première fois comme l’a écrit Olivier Fabre vendredi dans son éditorial de notre confrère “La Montagne Noire” et dans lequel il nous demande de le noter ?

Pour céder aux moeurs du temps ce sera “A+1” qu’il traduise et s’en contente. “A+1”, “A”, “A-1”, “B+1”, “B”, “B-1”… etc.

Il est admirable que les chiffres reviennent pour servir de décimales.

Comment conclure ? Certainement pas avec des sondages, encore des chiffres !

En présence d’imbéciles trop imaginatifs, on pourra noter avec une lettre mais la seule qui soit un chiffre.

Ce sera 0 = zéro !

Jacques Limouzy