Thémis des bas-fonds

Ce lundi 1er mars, le Tribunal correctionnel de Paris a rendu son jugement dans l’affaire des « écoutes », condamnant pour corruption et trafic d’influence, au même tarif de trois ans de prison dont un ferme, l’ancien Président Nicolas Sarkozy, son avocat Me Thierry Herzog et l’ancien magistrat Gilbert Azibert. Pour Me Herzog, la peine est augmentée d’une interdiction d’exercer de cinq ans, ce qui serait, professionnellement, un coup mortel. Bien sûr, il a été interjeté appel.

La décision est inouïe en ce sens que le tribunal ne fait pas état de preuves légalement constituées, mais reconnaît un faisceau de présomptions non vérifiables, ce qui me semble être la négation du droit pénal ! Pas de délit effectif. Nous en sommes aux intentions, et encore présumées, qui ont été appréhendées suite à des écoutes téléphoniques illégales. Mais on ne peut pas dire que cette affaire n’ait des effets dévastateurs que pour l’image des prévenus. Celle de la Justice elle-même n’en sort pas, une fois de plus, indemne.

On ne commente pas une décision de justice. Toutefois le citoyen de base peut voir que l’institution est plus pointilleuse dans certaines affaires et qu’elle pratique allègrement la politique de l’autruche dans d’autres. Il y a, paraît-il, à l’instruction des affaires concernant François Bayrou ou Richard Ferrand depuis plus de trois ans. Pour François Fillon, cela n’a pris que quarante-huit heures pour aboutir à une mise en examen… Parler d’acharnement judiciaire commence certes à être agaçant pour les magistrats, et Nicolas Sarkozy, comme tout un chacun a sans doute ses zones d’ombre, mais traduire un ancien Président devant le tribunal correctionnel est un événement politique. Tout cela à la demande du Parquet National Financier, aux pratiques étonnantes – pour rester pudique – « tout à gauche » selon Le Point, et créé par François Hollande dans une machination pour préparer sa réélection ; il n’avait pas prévu d’être supplanté par son petit marquis !  Pourquoi le Parquet Financier dans le procès qui nous occupe ? Il n’y a pas d’argent en jeu dans cette affaire, à la différence par exemple de Jérôme Cahuzac, voire François Fillon…

Le fond du problème là-dedans est que cette affaire n’aurait jamais dû exister. Les juges écoutaient les communications de Sarkozy pour trouver quelque chose qu’ils n’ont jamais trouvé. Mais en l’écoutant ils ont écouté ses avocats et ont trouvé quelque chose qui n’avait rien à voir avec ce qu’ils cherchaient. Ecoute illégale puisque le sujet qu’ils ont retenu n’avait rien à voir avec celui qui avait motivé les écoutes. Seconde irrégularité : une communication entre un avocat et son client relève du secret professionnel, le principe devrait en être sacrosaint. Sinon la victime devient l’accusé. Le Garde des sceaux Me Dupond-Moretti s’était lui-même élevé contre ces « méthodes barbouzardes » !

Les citoyens sont déboussolés par des faits, des événements inimaginables, et cela depuis tant d’années. L’accoutumance s’est installée et la confiance s’en est allée. Thémis, la déesse de la Justice, s’est mise à fréquenter les bas-fonds. Le Syndicat de la magistrature, né avec des idées de gauchistes et de marxistes d’après 68 comporte une tache indélébile avec le célèbre « Mur des cons ». Il avait aussi nommément appelé à voter contre Sarkozy en 2012, ce qui est une preuve d’objectivité ! D’ailleurs, aux yeux de beaucoup, la question se pose : pourquoi y a-t-il des syndicats dans la Magistrature et pas dans l’Armée ? Les deux institutions ne sont-elles pas tenues à l’absolue réserve ? Il n’est pas bon que la Justice soit à nouveau critiquée et qu’elle s’obstine à l’être, dans une séparation des pouvoirs à géométrie variable. Trop de bruit autour des affaires a un effet dévastateur.

Bien sûr, les commentaires « de café du commerce » (même si ces derniers sont fermés) affluent et les organes d’information en continu ont ainsi de quoi se mettre sous la dent en dehors du Covid 19. Sans être « fans » de Sarkozy, beaucoup s’étonnent d’une procédure construite sur un constat erroné, avec des investigations effectuées hors du cadre procédural, insupportable dans un Etat de droit. Des commentaires, aussi, soulignent l’approche de « procès de Moscou », comme avec les Izvestia ou la Pravda, avec Le Monde ou Médiapart. Peu suspect d’être sarkozyste puisque communiste, le célèbre avocat Me Régis de Castelnau, se dit « atterré ». Nombre de ses confrères défilent à la télévision pour défendre l’idée d’une justice impartiale, Me Sophie Obadia évoquant « une grande insécurité à fréquenter la justice » ! Quant à l’avocate Marie-Alix Canu Bernard, bien que fiscaliste, elle se joint aux contestataires de l’existence du Parquet National Financier : « Pourquoi n’y aurait-il pas aussi d’autres parquets spécialisés, de la santé, du sport, des buveurs de bière ? »

En arriverait-on à la conclusion de François Mitterrand ? Avant de quitter le pouvoir, en 1995, lui qui était vraiment passé entre les mailles et n’avait pas à se plaindre de la justice, il déclarait : « Méfiez-vous des juges : ils ont tué la Monarchie, ils tueront la République »…

Pierre Nespoulous

 

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