TIMEO DANAOS ET DONA FERENTIS

L’énoncé

Dans le second livre de l’Enéide, Virgile nous apprend qu’il faut craindre les Grecs et leurs offrandes !

Les praticiens généralement orientaux, Libanais, Mozabites et autres familiers des marchés parallèles, noirs, occultes ou latéraux, considèrent les Grecs comme leurs maîtres puisqu’ils restent dangereux même s’il n’ont rien.

L’état de faillite dans lequel il se trouve depuis longtemps, si ce n’est depuis toujours, ne doit pas empêcher un peuple aussi doué d’impressionner ses créanciers par l’évocation d’un passé illustre, d’une histoire souvent partagée et d’une solidarité nécessaire à l’existence d’un Occident dont il fut l’origine.

La longue liste des promesses non tenues indique même à Monsieur Hollande qui, semble-t-il cherche désespérément une solution, que celle-ci ne peut être définitive mais une simple halte sur un calvaire dont on s’épuise à entrevoir la fin.

Il faut bien dire que dans cette difficile négociation, Monsieur Hollande, s’il peut être un apport estimable, ne pourra jamais être un exemple et que l’autorité nationale ne peut aller qu’à ceux qui présentent de bons résultats.

Comment exiger des autres en effet, sur les budgets et sur les dettes, ce qu’on ne parvient pas à faire chez soi ?

C’est ainsi qu’il y avait autrefois à Athènes un ivrogne qui prêchait la tempérance et qui s’étonnait d’être si peu écouté par les Grecs.

Jacques Limouzy


Le développement

« Timeo Danaos et dona ferentis ». Non ! Ce n’est pas un couple de portugais, comme le prétend San Antonio dans un de ses romans… Cela signifie : « Je crains les Grecs, même quand ils apportent des cadeaux » (Danéens est l’antique nom des Grecs dans la mythologie). Il s’agit de la citation d’un vers de Virgile, au chant II de l’Enéïde, relatif à la célèbre prise de Troie, où Laocoon, grand prêtre d’Apollon, conseille aux Troyens de ne pas faire entrer à l’intérieur de la cité le grand cheval de bois que les Grecs ont déposé en guise de cadeau devant les murailles qu’ils ne pouvaient forcer. Il s’avère en effet qu’il abrite nombre de leurs plus vaillants guerriers, armés jusqu’aux dents qui, par cette ruse, s’emparent de Troie. L’expression est restée proverbiale parce qu’elle évoque de manière frappante et juste l’idée selon laquelle il faut se méfier de ses ennemis, tout particulièrement lorsqu’ils font mine de pratiquer la politique de la main tendue.

La crise grecque a, à juste titre, accaparé la une des gazettes depuis plusieurs mois et les commentateurs se sont longuement penchés sur les difficiles négociations bruxelloises de ce début de juillet entre les tenants d’une ligne forte envers la Grèce endettée et les pays plus au Sud, dont la France, peut-être parce que certains craignent d’être les suivants sur la liste.

Cette fois, l’euro est sauvé !? La crise grecque est terminée !? Un concert de satisfactions a salué, tant dans les sphères du pouvoir que dans la sphère médiatique, l’accord qui a été trouvé à l’arraché ce 13 juillet à Bruxelles, permettant à notre Président autoproclamé « Audacieux » de s’en attribuer le meilleur rôle et d’apporter cette éclaircie dans son interview soporifique du 14 juillet. En acceptant l’accord proposé par les créanciers de son pays en échange d’un plan d’une troisième aide financière, Alexis Tsipras a évité une sortie de la Grèce de la zone euro, avec ses conséquences politiques. Un « cadeau » à l’Union européenne, contredisant le « non » du référendum grec ! Déjà, la Grèce n’avait-elle pas été exclue de l’« Union latine », créée par Napoléon III pour tricherie sur la monnaie ?

L’humiliation est totale pour le peuple grec. A force d’exaspérer ses homologues européens par ses revirements, Alexis Tsipras aura réussi la prouesse d’obtenir pour son pays des conditions plus dures que celles prévues initialement et refusées par le référendum ! Il a fait une croix sur le programme sur lequel il a été élu, et, par un revirement, promis de faire en cinq mois ce que François Mitterrand avait fait en trois ans : transformer en « rigueur » des promesses démagogiques. Mais quand un négociateur syndicaliste jusqu’au boutiste devient Chef d’Etat, ne doit-il pas, par la force des choses, se renier ? Comment restaurer la confiance d’un peuple dans lequel les pauvres vivent mal des rentes versées par l’Europe et les riches ne paient pas d’impôt ? Et aussi restaurer la confiance de ses partenaires européens, quand Alexis Tsipras déclare avoir signé un plan de troisième aide financière auquel… il ne croit pas ? Il est vraiment difficile de jouer les rebelles jusqu’au bout quand on se veut révolutionnaire dans un monde capitaliste, même si l’on a (là-bas aussi !) un « ministre du redressement productif » !

Quant à nous, si nous n’avons plus de « ministre du redressement productif » depuis Arnaud Montebourg, il nous reste heureusement notre pépère « audacieux », dont l’enthousiasme risque de se modérer fortement dans les semaines à venir. Le réel est reporté à une date ultérieure. Un quatrième plan paraît aléatoire ! Les 83 milliards d’euros de financements nouveaux sont-ils pour Alexis Tsipras un moyen de gagner du temps ? Alors, pour s’en tenir encore à la mythologie, devant ce tonneau des Danaïdes, notre Président, qui s’attribue le mérite d’une victoire, n’y trouvera-t-il qu’un cadeau empoisonné, touchant son tendon d’Achille, c’est-à-dire son « ego » ? Manuel Valls a déclaré : « François Hollande s’est élevé au niveau de l’Histoire ». La canicule peut atteindre les cerveaux…

Pierre Nespoulous