Tournez manèges !

Ce gouvernement, c’est « Tournez manèges » ! La pression devenait insoutenable. Fragilisé par sa mise en cause après la révélation de plusieurs omissions dans sa déclaration à la Haute autorité pour la transparence de la vie politique, dont celle de faire état d’autres responsabilités exercées alors qu’il était ministre, Jean-Paul Delevoye a présenté ce lundi sa démission.

C’est un caillou dans la chaussure de l’exécutif, empêtré notamment dans une grève des transports qui dure depuis douze jours et qui pourrait continuer. Le Haut-commissaire en charge de la réforme des retraites s’ajoute ainsi à la longue liste des ministres démissionnaires depuis l’accession au pouvoir d’Emmanuel Macron, dont le vernis craque. Fini le « nouveau monde » et retour à la réalité, ce gouvernement, qui connaît ainsi son seizième départ, étant le plus instable de la Cinquième République !

Comme l’écrit Guillaume Tabard dans Le Figaro, « C’est cet effet de répétition qui est délétère pour l’exécutif… C’est pain bénit pour des oppositions que le macronisme vainqueur avait rejetées avec un peu trop de superbe dans les oubliettes de l’ancien monde »… Rappelez-vous. A peine un mois après la construction du nouveau gouvernement, quatre ministres faisaient leurs valises. Richard Ferrand, ministre de la Cohésion des territoires, sous le feu des critiques suite à l’ouverture d’une enquête parlementaire dans l’affaire des Mutuelles de Bretagne, jetait l’éponge. Dans l’affaire dite « des assistants parlementaires du MoDem au Parlement européen », l’ouverture d’une enquête pour « abus de confiance » avait amené la démission de François Bayrou, Marielle de Sarnez et Sylvie Goulard. Ferrand est Président de l’Assemblée Nationale, Bayrou est toujours Président du MoDem et confident d’Emmanuel Macron, Sarnez est toujours député et préside même la Commission des Affaires étrangères (excusez du peu !) et Goulard a été nommée sous-gouverneur de la Banque de France grâce à l’appui du Président. Ca va bien pour eux, merci.

A la rentrée 2018, c’est Nicolas Hulot, ministre emblématique qui démissionnait en assurant « ne plus vouloir mentir », et la ministre des sports Laura Flessel, après des révélations du Canard Enchaîné et de Médiapart, se mettait aussi en retrait en liaison avec sa « situation fiscale ». La démission la plus spectaculaire était, bien sûr, celle de Gérard Collomb, le ministre de l’Intérieur, qui avait été en quelque sorte le « tuteur » en politique et le soutien de la première heure d’Emmanuel Macron, inspirant à Eric Coquerel (LFI) cette réflexion ironique : « On a un ministre de l’Intérieur qui est à l’extérieur ». Le porte-parole des députés PS Boris Vallaud renchérissait : « C’est une grande farce et je ne suis pas sûr que Molière aurait fait mieux ». L’on se souvient aussi du bruit fait autour du sort de François de Rugy après les révélations dans la presse de ses dîners dispendieux lorsqu’il était Président de l’Assemblée Nationale, photos de homards et de vins fins à l’appui !

Ainsi tous les Ministres d’Etat nommés par Emmanuel Macron ont démissionné. Du jamais vu ! Au nombre de ceux qui ont aussi quitté la fonction, figurent Nathalie Loiseau, partie subir une humiliation aux européennes, et Benjamin Griveaux, désireux comme Mounir Mahjoubi de préparer une candidature municipale à Paris. A l’occasion d’un remaniement ont aussi quitté l’effectif ministériel, même si personne ne s’en est aperçu, Françoise Nyssen, Delphine Gény-Stephann, Stéphane travers et Jacques Mézard… Et de seize !

Après la crise des « gilets jaunes » et en pleine contestation de la réforme des retraites, le départ de l’ « architecte du texte » Jean-Paul Delevoye plonge l’exécutif dans l’embarras. Signe d’une réforme mal née. Donc compromise. L’habile négociateur aux fatals oublis, face aux soupçons de conflits d’intérêt et au cumul interdit d’activités n’avait plus la légitimité suffisante pour conduire les négociations. A coup sûr, au profit de son expérience, il sait que les fusibles sont là pour sauter en cas de surchauffe ! De ce vieux loup de mer politique, l’on ne peut pas dire qu’il ait méprisé la chasse aux mandats. Il avait aussi acquis la reconnaissance des députés LaREM, souvent bien ternes, en tant que responsable des investitures de ce parti, triste assemblage de ralliés opportunistes.

Et puis, au rayon des départs, Alexandre Benalla n’était pas ministre. Le voilà parti tout de même. « De la politique autrement » ? Le nouveau monde progressiste ? Cette désinvolture nous laisse interdits.

Pierre Nespoulous