Tous en jupe ?

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Au départ, cela ressemblait à un canular. Et cela pouvait en être un : “T’es pas cap !” Tous en jupe au lycée ! Telle était l’idée de la journée, le 16 mai, intitulée “Ce que soulève la jupe”, dans 27 lycées de l’Académie de Nantes. Pour “lutter contre la discrimination”, paraît-il.

Chez nous, au nom d’un faux égalitarisme, on fait n’importe quoi. Cette initiative était au départ à 100% lycéenne, émanant du “ Conseil de la vie lycéenne”, un de ces comités érigés dans les établissements pour donner aux jeunes l’impression qu’ils sont adultes. Sans doute les chahuteurs y sont allés en jupe et ont rigolé, et les autres, malgré leur refus, ont rigolé aussi !

C’est complètement surréaliste de voir les proportions prises par cette affaire dans les organes d’information, et surtout l’interprétation paranoïaque de certains. Lutter contre le sexisme, c’est bien, mais beaucoup n’ont pas vu le rapport. D’un amusement local, la presse a fait une affaire nationale. La faute à qui ? Ce n’eût été que moindre mal si le ministère de l’Education Nationale ne s’était précipité vers cette forme de téléréalité pour ados en perdition, au lieu de se préoccuper des savoirs comme naguère lorsqu’il s’appelait ministère de l’Instruction Publique. Arrivera-t-on à ce que l’instruction s’oppose à l’intelligence? L’affaire a été inscrite noir sur blanc dans un communiqué signé du Recteur de l’Académie de Nantes, qui ne saurait sans doute agir qu’avec l’aval de sa hiérarchie. L’on trouve la fiche descriptive de l’action en question dans “Expérithèque” titre barbare de la Bibliothèque des expérimentations pédagogiques !

Le moins que l’on puisse dire, c’est que cette action, si elle devait être considérée avec sérieux, n’a pas fait l’unanimité. Demander aux garçons de venir au lycée en jupe ? Pourquoi pas avec du rouge à lèvres, de faux seins et des talons aiguille ? Et dans quelque temps, en ayant recours à l’épilation ? Poursuivons l’égalité, proposons aux filles de porter la barbe, c’est à la mode en ce moment et elles pourront concourir à l’Eurovision comme Conchita Wurst!

Reste-t-il un peu de temps audit Rectorat pour s’occuper des sujets secondaires, tels que l’enseignement et la validation des acquis ? Bravo, les jeunes! La provocation ça marche en France, même si, à quelques semaines du bac, ce n’est pas très approprié. C’est à l’image de la réforme des rythmes scolaires, qui n’est plus axée sur les “fondamentaux”, mais sur l’accessoire, au fond sur les loisirs. La “théorie du genre”, à l’ordre du jour, prend ici une forme ludique, mais elle s’affirme dans la scolarité. Et c’est le “mariage pour tous” qui a donné le “la” en inauguration du quinquennat. L’Education Nationale se laisse déborder par toutes les idéologies de destruction des fondements de notre société. L’Etat n’a pas à s’engager dans une campagne ridicule et inviter aux transgressions. Gommer les identités des gens, ni fille ni garçon, ni homme ni femme, ni père ni mère, les mettre tous sur un pied d’égalité, c’est libérer la femme de ce qui fait sa spécificité: donner la vie. Car qu’est-ce que l’égalité ? Qu’y a-t-il de plus inégalitaire que le sport, où l’on fait concourir séparément filles et garçons (à la différence des chevaux !) ? Faut-il mettre fin à cette odieuse discrimination en constituant chaque équipe de rugby, comme en politique, selon le principe de la parité ? (Imaginez la ligne d’avants du Castres Olympique!). Nous sommes dans une société détraquée qui mélange débauche et puritanisme, laxisme et interdits, conservateurs et faux progressistes. Contester aussi bien les uns et les autres vous attirera les foudres du système. La France s’enfonce dans l’absurde depuis l’arrivée de Normal Ier. L’importance donnée à cette misérable affaire de jupe correspond au travail de sape et de lavage de cerveau mené par des lobbies et des associations pour retirer toute identité aux hommes et aux femmes et détruire la complémentarité entre eux, avec les dégâts que cela comporte. Allons, je n’en ai moi-même que trop parlé. Saint Paul (Epître aux Romains, I, 32) : “Se vantant d’être sages, ils sont devenus fous”…

Pierre Nespoulous