Un chanoine à l’Élysée

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Emmanuel Macron face à l’autel de la basilique du Latran lors de la liturgie prévue pour sa prise de possession du titre de premier chanoine honoraire de Saint-Jean de Latran.

Emmanuel Macron a pris possession de son titre de premier chanoine honoraire de Saint-Jean de Latran. Richard Amalvy décrypte le sens de cette démarche qui s’oppose à l’amnésie de l’histoire du clan laïciste.

Quand ils glissent leur bulletin de vote dans l’urne d’où sortira le nom du président de la République, les Français exercent, aussi, leur capacité nominatrice sur des titres et fonctions qui sont le fruit de leur histoire. Ainsi, le suffrage universel qui permet d’élire le futur chef de l’État désigne de facto, non seulement le prochain co-prince d’Andorre (prédicat partagé avec l’évêque d’Urgell), mais également le chanoine honoraire des cathédrales de Saint-Jean-de-Maurienne, Saint-Julien du Mans, Saint-Maurice d’Angers, Saint-Jean de Lyon, Saint-Etienne de Cahors et Saint-Etienne de Chalons et des églises Saint-Hilaire de Poitiers, Saint-Martin de Tours et Saint-Germain-des-Prés à Paris.

En ces lieux, l’élection présidentielle serait donc un moment propice pour se souvenir que la France a été une nation chrétienne, essentiellement catholique.

On peut donc s’étonner que l’anticlérical Mélenchon se soit acharné, en 2017, à vouloir partager le titre de co-prince, dans les Pyrénées, avec un prélat de l’église romaine, et devenir chanoine en France comme à Rome. Ce grand prédicateur laïque fulmine encore de ne pas avoir accédé à la magistrature suprême qui n’est, symboliquement donc, pas que temporelle. Acquérir le pouvoir sur les esprits et les âmes est une grande tentation, surtout quand on prêche la révolution.

Le président français est chanoine ailleurs qu’à l’Élysée comme le prince de Monaco est, en république française, comte de Longjumeau, baron de Massy, baron de Saint-Lô et sire de Matignon. Ce sont, encore, des traces de l’histoire dont il faut voir les bénéfices plutôt que les méfaits.

En prenant possession de sa stalle au Latran après avoir rencontré le pape François, le président de la République a renforcé le lien entre la France et le Vatican qui a la meilleure diplomatie du monde et une influence positive dans une époque qui a besoin de paix.

S’il remonte à Louis XI, le titre de premier chanoine honoraire de Saint-Jean de Latran a pris son sens avec le roi Henri IV : en 1604, ce dernier ayant abjuré sa foi protestante pour devenir catholique, reçut l’absolution du pape alors qu’il souhaitait apaiser un royaume divisé par les guerres de religion.

Le fait religieux est tel aujourd’hui, en France et dans le monde, que tout signe qui montre une volonté sincère de rapprochement, de compréhension mutuelle et de modération, doit être vu avec optimisme. Le président Macron partage la conviction originelle d’une laïcité libérale, donc ouverte. Cela « vaut bien une messe », aurait dit le roi de Navarre.

L’amnésie volontaire du clan laïciste est donc, en France, un contre-sens historique.

Richard Amalvy