Un « coup dans le dos » !  

Jean-Yves Le Drian, Ministre des affaires étrangères (Copie écran)

L’annonce d’un accord stratégique entre Washington, Canberra et Londres qui a conduit à la rupture unilatérale du contrat de fourniture de douze sous-marins français à l’Australie est « un coup dans le dos » a affirmé le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian.

La création d’une nouvelle « alliance de sécurité » baptisée AUKUS (Australie, United-Kingdom, USA) repousse la France de ses intérêts dans cette région du Pacifique. L’Australie est revenue sur son accord avec la France, signé en 2016, et à la manœuvre, l’administration Biden récupère ce contrat. C’est une bonne piqûre de rappel pour les naïfs qui s’imaginaient que la politique étrangère américaine allait devenir plus bienveillante avec les démocrates : il n’y a pas d’alliés ni de parole qui tienne. Une déclaration d’Emmanuel Macron sur ce sujet me paraîtrait un peu plus importante que pour la relative contre-performance de nos athlètes aux Jeux Olympiques. Qui va-t-il enguirlander cette fois ?

Si cela pouvait ouvrir les yeux à ceux (celles et ceux, dirait l’autre) qui ont une admiration sans borne pour tout ce qui nous vient des USA ! Nos « amis américains » nous tirent dans le dos, a dit notre ministre, après nous avoir collé cinq milliards d’amende (et je dois en oublier) et imposé pour leur complaire, de participer à des sanctions contre la Russie ou d’autres selon leur bon gré. A quelque chose malheur est bon. Le camouflet historique et planétaire infligé à la France par ses pseudo-alliés nous offre sur un plateau la légitimité inespérée de renégocier notre appartenance à l’OTAN de laquelle de Gaulle s’était retiré en 1966 mais que Sarkozy a bien légèrement réintégrée. Notre fierté nationale l’exige, notre autonomie militaire perdue l’impose. Chiche ! Mais Macron n’est pas de Gaulle. Quand les Français auront compris que nous n’avons aucun pays ami lorsque des intérêts sont en jeu, quand nos politiques cesseront de dérouler le tapis rouge devant les USA ou l’Allemagne sans réciprocité, quand un président refusera de se soumettre aux diktats de l »Union européenne, l’avenir s’éclaircira.

N’est-ce pas un retour de bâton ? Sous la ferme pression des USA, François Hollande n’avait-il pas fait le coup aux Russes ? La porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova, n’a pas manqué de rappeler qu’en 2015, la France avait agi ainsi à l’égard de la Russie, en résiliant la vente de deux porte-avions Mistral – déjà payés ! – qui furent ensuite cédés à l’Egypte. Jean-Yves Le Drian était déjà aux manettes ! Les Français sont mal payés de leur suivisme à l’égard de Washington. Ce n’est pas la première fois que les USA font annuler semblable contrat : déjà en 2007 pour la vente d’avions de chasse Rafale au Maroc, au profit de F15 américains ou en 2008 un contrat d’Airbus avec l’US Army, plus récemment avec la Suisse, qui a dénoncé un contrat concernant des avions Rafale au profit des F35 américains. Et l’Europe, alors ? Où est l’Union européenne ? Elle est déjà soumise en ce domaine, les F35 ayant eu la préférence en Belgique, au Danemark, en Italie, en Norvège, aux Pays-Bas, en Pologne. Sans oublier le Royaume Uni qui, s’il n’a eu en Europe avant le Brexit qu’un pied à terre à des conditions privilégiées, est reparti depuis vers le grand large.

J’ai aussi une pensée pour Emmanuel Macron qui, dans sa soumission aux américains, avait,  comme ministre de François Hollande, vendu la branche Energie d’Alstom (soit les trois quarts du groupe) à Général Electric. Il avait succédé à Arnaud Montebourg qui avait démissionné de son ministère parce qu’il ne voulait pas, par patriotisme, de cette transaction… Ainsi la France est-elle privée d’autonomie stratégique pour les turbines des sous-marins nucléaires, des navires, du porte-avions Charles de Gaulle et des centrales nucléaires civiles. Pour y parvenir, les USA n’avaient pas hésité à emprisonner, sans autre raison que de faire pression, et pendant plus de deux ans, un cadre d’Alstom, Frédéric Pierucci, curieusement relâché le lendemain de l’accord !

Face aux élans (même s’ils ne sont qu’incantatoires) de Paris appelant à l’autonomie stratégique européenne, les Etats-Unis de Biden pensent d’abord aux intérêts américains, l’Allemagne de Merkel pense d’abord aux intérêts allemands. Et la France d’Emmanuel Macron ? Elle pense, comme nous le voyons, aux intérêts d’une Europe qui, dans ce domaine précis, n’existe pas et dont nombre de ses membres se réfugie sous le « parapluie » américain. La logorrhée des indignations n’a jamais imposé un respect et une écoute. Nous allons bien voir comment Macron va montrer que la France, loin des gambades avec Mc Fly et Carlito ou de l Arc de triomphe empaqueté, ne peut pas être la risée du monde…

Pierre Nespoulous