Un destin français

Photo (C) Michel POURNY

Les français pleurent, ils disent adieu à celui qui emporte dans sa tombe une bonne partie de leur existence.Nostalgie d’un monde qui ne reviendra plus.

Jacques Chirac, ce Rastignac de Corrèze, « cette bête de campagne », homme de tous les paradoxes, tour à tour généreux et cynique, amical et brutal, naïf et rusé, pudique et jovial, mais aussi cultivé et secret, était sans doute fait pour comprendre les Français et pour les conquérir. Celui qui sut incarner mieux que personne le rôle de père de la nation, héritier de Charles de Gaulle et surtout de Georges Pompidou,incarna une « certaine idée de la France ».

Il fut le frère, le père ou le grand-père de toutes les générations, une figure familière, architecte d’un destin sans équivalent sous la Ve République.

Lentement mais sûrement, sillonnant sans relâche le pays, la clope au bec, serrant des milliers de mains, haranguant, embrassant, ce héraut de la politique à l’ancienne, mit trente ans à conquérir le pouvoir suprême.

Il sut choisir une future épouse parfaite qui deviendra un formidable atout politique : son infatigable représentante en Corrèze, l’aile droite, conservatrice et catholique de ce républicain laïcard .

Une femme de caractère qui elle aussi est entrée dans tous les foyers. La femme d’un fauve n’est-elle pas forcément une lionne ?

Comme tous grands politiques, il eut son lot de bonnes intentions comme celle de condamner la faute vichyste du pays, à défaut de le réconcilier avec l’Algérie, ou celle de faire entrer l’écologie au sommet de l’État, ou encore de lancer les grands chantiers sur la sécurité routière, le cancer et les handicapés… On peut lui reconnaître son côté visionnaire sur la guerre en Irak ou le thème de la fracture sociale toujours d’actualité.

L’homme sympathique s’est aussi transformé durant sa formidable ascension, quelques cadavres laissés sur le bord de la route, il est devenu pour les français « le super menteur » du petit écran mais reste leur personnalité politique préférée.

Une telle vie romanesque, dévorée par la politique, n’a plus cours. Avec lui disparaît « le monde d’hier », comme l’écrivait Stefan Zweig. Celui d’une génération de politiques à l’image chaleureuse, attachante et rassurante.

Pour conquérir le pouvoir, il fallait disposer d’un fief, d’un parti, d’équipes et de moyens. c’étaient les campagnes électorales qui devaient façonner l’opinion.

J’ai eu le bonheur de vivre ces moments où l’on s’engage derrière un Homme, électrisé par les arguments, enthousiasmé par une musique… Tractage, mise sous pli, organisation de réunion et partage de très bons moments avec ceux qui restent encore des années plus tard… des amis.

Nathalie Folliot