Un mot de trop

Ce fut le mercredi 3 février au Palais Bourbon que Mathilde Panot, députée du Val-de-Marne et de la France Insoumise fut qualifiée par la voix vendéenne de Pierre Henriet, député En Marche, de « poissonnière ».

Cet incident allant même provoquer la colère et l’indignation de l’Union nationale de la poissonnerie française.

Il faut dire que ce mot de trop fut entendu sans émotion par l’hémicycle de l’Assemblée nationale, rôdée, depuis longtemps, à ce genre de propos.

Il en fut ainsi lorsque le Président Poincaré traita M. André Berthon, député, « d’abominable gredin », qualification reprise par Paul Lombard à l’encontre de Vincent Auriol.

Lorsque Jean Cau déclara à François Mitterrand « qu’ il était franc comme un derrière de mule ».

Lorsqu’Emmanuel d’Astier de La Vigerie traita Jules Moch de « fripouille ».

Ou que Félix Gaillard appela Charles Hernu : « Espèce de foutriquet ».

Et que Maurice Thorez qualifia Léon Blum de « reptile répugnant ».

Qu’André Marie traita René Capitant de « canaille », ou que Florimont Bonte, s’adressant à Edouard Herriot, le décrivit comme « un cheval de cirque ».

Ou aussi que l’on put entendre :

« Maudit crétin » de la part d’André Maroselli à André Fanton,

« Boudinasse » du même à Brigitte Gros,

« Judas » de Daniel Cohn-Bendit à Pierre Juquin,

« Bécassin » pour René Pleven,

« Merdaillon » de Waldeck Rochet à Jean-Jacques Servan-Schreiber,

« Peigne-cul » d’Henri Barbé à François Billoux.

On constata que les citoyens Berthon, Auriol, Mitterrand, Moch, Hernu, Blum, Capitant, Herriot, Fanton, Juquin, Pleven,  Servan-Schreiber, Billoux, et la citoyenne Gros, n’en étaient pas morts, qu’ils ne s’étaient pas estimés déshonorés, qu’ils encombrèrent rarement les prétoires mais trouvèrent d’autres moyens de répondre et à ce sujet nous leur faisons confiance, car ils avaient tous une plume alerte et une langue bien pendue.

D’ailleurs on ignore encore quelles furent les réactions :

De Michel Debré traité d’« ancien fou du roi »,

De Guy Mollet d’être « bas de plafond »,

De Charles Hernu, « d’affamé aux dents longues »,

De Paul Boncour de « Don Juan des lavabos »,

D’Edouard Daladier de « poivrot taciturne »,

De Maurice Couve de Murville de « squelette endimanché »,

et de Raymond Barre et Jacques Limouzy qualifiés par Valeurs actuelles de « Clapart et son Goupil ».

Il y a un problème de dimension dans cette affaire. Et, la qualification de « poissonnière » ne nous paraît pas, au hit-parade des outrages, mériter une médaille de bronze.

Jacques Limouzy

Sources : Divers ouvrages concernant la vie quotidienne au Palais Bourbon