« Un Président ne devrait pas dire ça »

L’on se souvient de ce livre de Fabrice Lhomme et Gérard Davet, « Un Président ne devrait pas dire ça », livre de confidences par lequel François Hollande tirait en quelque sorte un trait sur son quinquennat en abordant des sujets épineux, sur la magistrature « institution de lâcheté », la femme voilée « Marianne de demain », l’acte de liquidation du PS ou l’excès d’immigration, entre autres… C’est ce même titre qui m’est venu à l’esprit après l’entretien qu’Emmanuel Macron vient de consacrer au média « Brut », une entreprise cherchant à « attirer une génération nouvelle de consommateurs d’infos ». Il n’a plus le costume de Président. Il est en campagne et ratisse « large ». Ainsi il a passé plus de deux heures, vendredi dernier, à discuter avec les journalistes de « Brut » pour parler « aux jeunes » et apaiser le pays.

Mais sur « Brut » il s’est mis en très mauvaise posture et a révolté nombre de policiers qui n’ont pas digéré les mots du Président de la République. Ainsi, il a évoqué les questions de « violences policières » et de « contrôles au faciès », annonçant le lancement prochain d’une plate-forme de signalement des discriminations, sorte de « Comité Théodule » supplémentaire favorisant la victimisation larmoyante. A ses yeux, « il y a une défiance » dit-il « entre la population et la police dans les quartiers difficiles. Quand on a une couleur de peau qui n’est pas blanche, on est plus contrôlé car on est identifié comme étant un facteur de risque »…

Désormais, lors de chaque manifestation, l’on voit des débordements violents, des dégradations de commerces et de mobilier urbain. Et – l’on en parle si peu – des dégâts humains. A l’issue du rassemblement de samedi dernier contre l’article 24 de la loi de sécurité globale, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a compté 69 blessés du côté des forces de l’ordre. La colère des policiers est d’autant plus forte à cause de cela.

Estimant que le Président est en train de lâcher la police, les deux principaux syndicats de gardiens de la paix, Alliance et Unité SGF Police FO ont appelé à cesser les contrôles d’identité. « Cette action, c’est un cri de colère de nos collègues que le Président a traités, à demi-mot, de racistes » explique Linda Kebbab, déléguée nationale du Syndicat FO. « Le Président jette l’opprobre sur l’ensemble de la profession » déplore Stanislas Gaudon, délégué général du syndicat Alliance, « Pour nos collègues, c’est insupportable. On a eu l’impression que l’Etat lâchait sa police après l’avoir maltraitée ».

Fidèle à sa conduite du « en même temps » dont les oxymores jaillissent à jet continu, Emmanuel Macron déploie des trésors de parole pour ménager la chèvre et le chou, au risque de créer des ressentiments de toutes parts. Il a l’art consommé de contredire le lendemain ce qu’il a affirmé la veille la main sur le cœur. Jusqu’à se mettre à dos ce qu’on appelle le dernier rempart de l’Etat, la police. Pour l’armée, il l’a fait d’entrée lors du premier contact avec le général de Villiers. Comme tous les narcissiques, il se berce de ses mots, alors que la parole présidentielle, ses prédécesseurs l’avaient compris, est comme la monnaie : l’inflation conduit à la dévaluation. En allant chez « Brut », il abaisse la fonction présidentielle et se prête à un jeu dangereux à l’heure du terrorisme, de l’hyper délinquance et des émeutes. Un jeu dont il ne ressort pas grandi. Chez « Brut », il s’adresse à la jeunesse. Une certaine jeunesse. Dans une longue descente aux enfers indigéno-diversitaire, avec l’idée voulant que la France soit frappée par un « racisme systémique » Emmanuel Macron a confondu sciemment la jeunesse de France avec les « noirs et les arabes », comme il l’a nommément exprimé sous ces vocables. Il se joue de la jeunesse comme dans ses fantasmes, que l’on a pu percevoir par exemple à la fête de la musique en 2017 à l’Elysée avec des artistes militants de la cause LGBT ou aux Antilles avec ces éphèbes de couleur tournoyant autour de sa désirable personne.

L’Etat se montre impuissant à assurer l’ordre public face aux black-blocs mais est toujours plus enclin à régenter l’ordre domestique : les Français voient leurs libertés élémentaires reculer en même temps que l’insécurité grandit. « Je rassemblerai et je réconcilierai » avait promis Emmanuel Macron le soir de son élection. Cette promesse est comme la ligne d’horizon, cette ligne imaginaire qui s’éloigne au fur et à mesure que l’on avance. Un homme de plus, qui n’a pas eu le temps d’apprendre la vie, la vraie vie et qui, immature, ne comprend rien à ce qui se passe ? Confiant que la « com », ça paye. Il a tort. « Malheur au pays dont le roi est un enfant » (Ecclésiaste, 10, 16).

Pierre Nespoulous