Une belle histoire

Au début du siècle dernier, dans la province grecque de Thessalonique, vivait paisiblement une communauté appréciée et dynamique de quelque soixante mille juifs, dont la plupart travaillaient dans le port. Au point même que le port de Thessalonique était fermé le samedi, jour de shabbat où la religion interdit de travailler. Tout le monde se côtoyait et s’appréciait.

Mais, au déclenchement de la seconde guerre mondiale, cette glorieuse communauté vit s’abattre sur elle la terreur nazie, avec l’envahissement de la Grèce le 6 avril 1941, Hitler voulant sécuriser son front sud avant de lancer la célèbre opération Barbarossa et sa grande offensive contre la Russie soviétique. Le massacre des juifs de Grèce fut alors bref, mais intense. Sur les soixante mille juifs de Thessalonique, cinquante mille furent transférés au camp de concentration de Birkenau et exterminés.

Parmi les quelques survivants qui eurent la chance de s’en sortir, une famille miraculée était la famille Bourla, dans laquelle, après la guerre, allait naître un fils, appelé Israël-Abraham, qui fut par la suite un étudiant brillant de l’Université Aristote de Salonique où il décrocha un doctorat en biotechnologie de la reproduction à l’école vétérinaire.

A l’âge de trente-quatre ans, il décida de partir s’installer aux Etats-Unis, changea son prénom d’Abraham en Albert, se maria et devint père de deux enfants. Il connut au sein de plusieurs divisions d’un groupe pharmaceutique plusieurs rôles exécutifs. Ses compétences le rendirent membre de plusieurs « Councils » dont le Business Council et le Business Roundtable.

Celui que l’on connaît donc sous le nom d’Albert Bourla avait intégré, progressant rapidement, l’industrie pharmaceutique dans les années 2000. Le premier janvier 2019, il est devenu, à cinquante-huit ans, le PDG du groupe Pfizer. Cela vous dit quelque chose ? Le vaccin ? Confronté d’entrée à la pandémie, il décide de diriger tous les efforts de l’entreprise pour tenter de trouver un vaccin contre ce nouveau coronavirus qui vient de frapper le monde, déployant des efforts financiers et technologiques pour atteindre son but en un temps record, en partenariat avec l’entreprise allemande BioNTech avec laquelle Pfizer travaillait déjà sur un vaccin antigrippal..

Un an plus tard l’OMS valide l’autorisation à son entreprise de produire le vaccin tant attendu : « l’histoire de l’impossible qui devient possible », selon son propre aveu. « Plus de huit mois après le début de la pire pandémie en plus d’un siècle, nous pensons que cette étape représente un pas en avant significatif pour le monde dans notre bataille contre le Covid-19 ».

Une belle histoire… Soixante-quinze ans après que les nazis ont assassiné des millions de personnes, le Dr Albert Bourla , dont la famille a été détruite pendant l’Holocauste, mène aujourd’hui la course pour en sauver des millions, y compris des descendants, petits-enfants et arrière-petits- enfants de ses bourreaux. Et c’est pourquoi Israël est devenu le premier pays à recevoir le vaccin. A la mémoire des grands parents d’Albert. En mémoire des familles effacées lors de l’Holocauste…

C’est le combat du PDG de Pfizer, en tête désormais du hit-parade de Big Pharma, tirant en conclusion de son aventure : « Il n’est pas question de haine, mais d’amour. Regardez donc la vie avec votre coeur et vous verrez que vous vous sentirez bien mieux »…