Une cour des miracles à Notre-Dame des Landes

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Mon Neveu,

Gouverner est toujours un calvaire. Il faut porter des croix ! Jean-Marc Ayrault le sait puisque Notre-Dame des Landes est la sienne.

Une fois de plus l’on apprend que nécessité ne fait pas loi et que le combat le plus éprouvant est celui que l’on conduit contre une pensée et des actions irrationnelles.

Comment, mon Neveu, une affaire somme toute banale, a pu sortir de sa coquille régionale et monter au ciel des querelles pour y diviser jusqu’au Gouvernement où l’on semble ne plus savoir s’il faut poursuivre un tel équipement puisqu’il est indispensable, ou l’arrêter puisqu’il pourrait être nuisible.

Sur cette plaie qui s’est ouverte et qui ne se fermera plus, toutes les gangrènes, tous les miasmes sociaux sont venus s’établir puisqu’ils vivent toujours sur des absences de décisions.

Une cour des miracles, de gueux, de casseurs et de pillards est née, car ces dérèglements ont une nourriture spirituelle et une motivation apparente que leur apportent les habituels pères fouettards d’une soi-disante écologie, fiction politique et dérive sectaire qui n’est que l’hérésie d’une doctrine qui n’existe pas encore.

Le monde libertaire qui s’exprime sans nuance sur un espace qui lui est gracieusement offert par les hésitations publiques n’en est pas à son premier exercice puisque les alluvions de l’histoire finissent à peine de recouvrir le dernier d’entre-eux que fut il n’y a pas si longtemps le Larzac.

Depuis quarante ans, le temps a passé et surtout les combattants. Que sont devenus en effet les acteurs de cette épopée aujourd’hui lointaine et qui avait jadis enchanté l’époque ? On se souvient encore de ces enseignants méritants qui avaient émaillé les leçons et les cours de références à ce haut lieu de résistance et de contestation. Certains y avaient conduit des classes vertes ou de nature qui avaient heureusement comblé l’espace maussade qui sépare deux périodes de vacances. Enfin, universités, pubs et discothèques avaient délégué vers le Causse des communautés fraternelles où beaucoup de garçons s’étaient engagés à condition que l’on puisse emmener des demoiselles.

Le froment pilé au mortier et cuit dans le four de lauze, le lait de brebis, le fromage de chèvre, l’environnement des sectes, avaient un moment coloré la vie rustique de ces jeunes gens. Les naïfs, les fadas, les porteurs de macarons, les pêcheurs de voix et en eaux troubles, les petits malins, les hypocrites, les dégourdis, les chercheurs de causes à défendre, les gentils manipulés, les fils à papa, les intolérants du syndicalisme et de l’enseignement, les Marie-Chantal du désert, les bonnes âmes du genêt et du caillou, les faux écologistes et les quelques soutanes abusives étaient là !

Ils aimaient la nature avec leurs ésotérismes ténébreux, leurs songes de pacotille, leurs hippies faméliques, leur carnaval permanent de l’anticulture Où sont-ils donc ces Nyaka et ces Yoreka et tous les autres qui devraient cependant camper sur les lieux de la victoire, saucissonner sur le Causse, s’accoupler sur la lande, apprendre à ce peuple arriéré de l’Aveyron à vivre au pays.

Le Sud Aveyron survécut à cette misère. Vers quelle cause nouvelle à défendre, vers quelle contrée à dévaster étaient-ils partis, abandonnant à ceux qu’ils avaient égaré de leur verbe, de leur suffisance et de leur sottise, ce petit morceau désormais funèbre de la planète : Le Larzac ?

On le sait aujourd’hui puisque beaucoup de leurs enfants renaissent à Notre-Dame des Landes et que l’Attila des cultures, le faucheur de l’apocalypse José Bové, rescapé du Larzac, vient de renaître pour illustrer la cour des miracles de Notre-Dame des Landes.

Célestin

 235ème lettre de Célestin Crouzette, propriétaire exploitant à la Montagne, à son Neveu, Innocent Patouillard, contribuable Castrais.