Une grivèlerie d’aliments

Il ne faut rien exagérer le ministre de la transition écologique et solidaire, François de Rugy, n’est pas Sardanapale, ce personnage un peu falot, demi-pointure d’un ministre d’Etat n’a rien d’un grand prédateur de l’histoire.

Il s’agit de ce que le code pénal nomme grivèlerie d’aliments.

La grivèlerie d’aliments est un délit mineur généralement commis par quelques prolétaires en difficulté.

Bien que pourvu de trois siècles de noblesse, Monsieur de Rugy s’est mis dans cette situation en recevant dans un Palais républicain des amis personnels ou impersonnels dans des agapes de parvenu.

Il n’a trouvé de justification que dans la nécessité de comprendre un monde qu’il a le devoir de conduire.

Comment ne pas percevoir qu’il en aurait appris tout autant avec quatre gilets jaunes autour d’un petit salé aux lentilles et d’une carafe de Juliénas.

En annonçant qu’il allait rembourser ces saturnales jusqu’au dernier écu, Monsieur de Rugy s’est une seconde fois mis à table et a avoué : le délit est donc constitué.

Faut-il s’attendre à ce que Monsieur de Rugy soit cité devant la Cour de justice de la République qui juge les crimes et délits commis par les ministres dans l’exercice de leurs fonctions ?

Mais la cause va paraître médiocre à une juridiction qui est devenue suspicieuse bien que les malveillants de Médiapart aient beaucoup insisté sur le homard bien plus condamnable qu’un petit salé aux lentilles.

Mais il faut croire que le homard aura son Thermidor et que Monsieur de Rugy ne sera pas jugé.

Car cette institution judiciaire avait rendu récemment un arrêt condamnant une certaine Christine Lagarde alors ministre des finances de Monsieur Sarkozy pour « légèreté et négligence » ; elle avait en effet institué une procédure d’arbitrage pour en finir avec l’interminable serpent de mer qui divisait Monsieur Tapie et son complice d’autrefois le Crédit Lyonnais.

Le Gouvernement de Messieurs Hollande et Ayrault crut devoir réveiller le Parquet afin qu’il fasse renaître une affaire réputée close.

Or, un jugement du Tribunal correctionnel de Paris vient d’acquitter Monsieur Tapie mettant ainsi fin aux intentions parquetières ce qui fait renaître la rectitude de l’arbitrage mis en place par Madame Lagarde.

Il faut dire qu’en ce qui concerne Madame Lagarde, aujourd’hui à la tête de la Banque centrale européenne, personne n’a jamais tenu compte de cette condamnation.

La Cour tout de même espère ne pas s’être trompée sur ses appréciations de négligence concernant Madame Lagarde qui vont lui permettre d’espérer qu’elle oubliera de demander la révision de ce procès malencontreux.

Nous apprenons que le Parquet de Paris vient de décider d’éviter ce risque en faisant appel de la décision du Tribunal correctionnel.

L’affaire est donc à suivre exactement comme celle de Monsieur de Rugy qui vient de démissionner.

Jacques Limouzy