Une inertie qui s’est mise en mouvement

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Mon Neveu,

“Sire faites le roi !” avions-nous écrit. François Hollande nous aurait-il entendu ? En effet, il a bougé !

Il a bougé et chacun y est allé de son propos : “Il a changé de cap !”, “Chiche !”, “Il vire à droite !”, “Il ne fera pas ce qu’il dit !”, “Il ne s’en sortira pas !”… bref c’est l’avalanche des appréciations qui salue cette inertie qui s’est mise en mouvement.

François Hollande n’est pas sans talent mais lorsque l’on voit le temps et la prudence qu’il met à asseoir la pièce,  on conviendra que cet artilleur amateur de hautes trajectoires était plutôt fait pour le septennat que pour un mandat plus étroit.

Aussi, se demande-t-on, à juste titre, comment un homme aussi circonspect, aussi hostile aux précipitations, va trouver cinquante milliards d’économie dans les trois ans qui lui restent à vivre sur ce mandat.

Déjà, ceux qui rêvent d’accomplir son projet parlent de fédérer les régions et de supprimer les départements.

Mais qui ne voit que toute économie repose sur la fonction publique dont l’abondance fait tout le mal ?

Or, renvoyer dans leur foyer des fonctionnaires accroîtrait le nombre des chômeurs et les conserver fera qu’il y n’y aura plus d’économie possible.

C’est là, mon Neveu, qu’est le vrai problème, les autres qui tiennent au divertissement des uns et des autres sont de simples vices du comportement sans incidence sur le cour réel des choses.

Cependant, mon Neveu, il reste admirable de voir aujourd’hui que des personnes de condition souveraine que l’on croyait uniquement écrasées par le poids des affaires publiques soient visitées par des passions banales qui sont celles du commun des mortels.

Pourtant, elles ne s’y livrent pas sans risque car les tumultes du cœur lorsqu’ils concernent les grands servent de pâtures à toutes sortes de malveillants qu’il faut nourrir comme librettistes, pamphlétaires, prosateurs de galetas, sycophantes dénonciateurs de turpitudes humaines qui ne survivent que grâce aux commentaires si ce n’est à la glose des divertissements contemporains.

La connaissance publique de tels comportements peut venir rarement du seul hasard mais plutôt de cette imprudence plus fréquente chez les grands que chez les autres hommes.

Mais, comme il y a peut-être une leçon à retenir de ces événements singuliers, il n’est pas vain d’en appeler à l’histoire qui en connut de semblables et en assura la conclusion.

Lorsqu’Aliénor d’Aquitaine devenue reine d’Angleterre constata qu’Henri II Plantagenêt le Roi, la trompait avec de nombreuses favorites, elle se résolu à faire un exemple en faisant empoisonner Rollande Cliffort passant pour la principale ; et s’en tint là.

Lorsque Mademoiselle de Fontanges “belle comme un ange et sotte comme un panier” fut faite Duchesse, et périt peu après subitement, Madame de Montespan qui avait conçu quelque humeur de l’élévation de Fontanges fut soupçonnée par la cour de l’avoir empoisonnée, car cet acte criminel était une pratique mondaine de l’époque.

Nous n’en sommes plus là ! Les affaires d’aujourd’hui ne sont ni de sang ni de poison ni de mort. Il ne s’agit plus de tragédie mais de vaudeville. Ce n’est pas du Shakespeare mais du Georges Feydeau.

Si nous avions quelques conclusions à proposer aux intéressés pour clore des moments aussi éprouvants, nous conseillerons plutôt la lecture de Madame de La Fayette qui faisait dire à la princesse de Clèves qui mettait fin à un amour très réel mais qu’elle n’aurait pourtant pas couronné.

“Rien ne peut m’empêcher de connaître que vous êtes né avec toutes les dispositions pour la galanterie et toutes les qualités qui sont propres à y donner des succès heureux. Vous avez déjà eu plusieurs passions, vous en aurez encore, je ne ferai plus votre bonheur, je vous verrai pour une autre comme vous auriez été pour moi. J’en aurai une douleur mortelle et je ne serai pas même pas assurée de n’avoir point le malheur de la jalousie”.

Voilà un type de rupture qui ne manque pas de grandeur. Nous le conseillons donc à l’intéressée.

Quant au Président, afin de rassurer les français et à retrouver la faveur des fantômes de l’Elysée, nous lui conseillons tout simplement : le mariage.

Ce ne serait pas la peine d’avoir fait le mariage pour tous pour en récuser l’usage. Bref, mon Neveu, dans la situation actuelle, le mariage s’impose au Président et au vu d’une antériorité trop évidente, nous savons que ce sera avec une femme !

Célestin

234ème lettre de Célestin Crouzette, propriétaire exploitant à la Montagne, à son Neveu, Innocent Patouillard, contribuable Castrais