Une usine et un état

Comment peut-il se faire qu’un peuple, qui a été l’un des premiers de l’aventure industrielle de l’automobile et de l’aviation ; qui a subi les dégâts de deux guerres mondiales pour finalement les surmonter ; qui était devenu l’une des premières puissances civiles nucléaires du monde ; où il y a à peine 60 ans Nikita Khrouchtchev venait visiter la Lainière de Roubaix considérée comme l’un des sites les plus performants de la planète ; soit aujourd’hui incapable de produire convenablement et en nombre suffisant un objet aussi banal qu’un masque ?

Incapable aussi de produire des respirateurs artificiels dont la conception n’est pas plus compliquée que celle d’un moulin à café.

Le fondement de tous les échecs industriels que nous connaissons depuis 30 ans consiste à aller chercher dans le monde le bon marché partout où il se trouve. C’est une dangereuse facilité.

Cette recherche s’est accrue par une mondialisation qui est plus financière qu’industrielle. Cette division planétaire du travail ne peut que favoriser des états émergents dont l’un deux parmi les plus grands est devenu l’usine du monde.

Nous commençons à voir que cette concentration sur la Chine de toutes les activités primaires de l’industrie comporte un danger politique dont la réalité s’annonce.

Ces bases industrieuses sont porteuses d’effets de domination et déplacent sur la planète les activités humaines qui perdent dans chaque état leurs rangs et leurs traditions.

Parallèlement, le fond d’une pensée, qui fut naguère celle de l’activité et de la création, devient microcosmique dans ses nouveaux attachements puisque, encore hier, le dernier souci de la France était de savoir comment on pourrait faire pour que deux femmes puissent faire naître un enfant sans père.

Ce qui vient de se passer, nous montre, à l’évidence, qu’il n’y a pas d’autres issues pour la France, au sortir d’une si grande alarme, que de muscler ce qui lui reste et de faire revenir sur place beaucoup d’activités qui lui ont achapées ou qu’elle a laissé partir.

La naissance d’une nouvelle politique industrielle doit retrouver le sens de la politique manufacturière qui jadis fut celle de Colbert, un homme qui rêvait de faire de la France une usine et un état.

Jacques Limouzy