Valls et Collomb réfugiés municipaux

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Cette semaine, nous avons vu deux anciens locataires de la place Beauvau, anciens socialistes convertis au macronisme, s’évader de la politique nationale : l’un pour tenter de conquérir sa ville natale, Barcelone, l’autre pour retrouver son siège de maire de Lyon. L’édito de Richard Amalvy.

On aurait pu imaginer que Manuel Valls remplace Gérard Collomb au ministère de l’Intérieur. Cela aurai eu de la gueule, car en héritier revendiqué de Clémenceau, l’ancien Premier ministre a toujours assumé être partisan d’un ordre sans faiblesse. Pour être premier flic de France il faut être ni mou ni indécis, et Collomb a eu le tort de douter publiquement, quand on se souvient de Valls, Premier ministre, tenir fièrement la barre que le président Hollande lâchait en pleine fronde dans son propre camp : il a ainsi acquis la rancune des socialistes et la haine des insoumis. Quel brevet, pour un homme qui sera soutenu à Barcelone par le parti de centre droit Ciudadanos !

À 56 ans, Manuel Valls s’établit à Barcelone, où il est né. Il va tenter d’en devenir l’alcalde, soutenu par une coalition du centre, et en s’opposant clairement aux aspirations de la mairesse actuelle, membre de Podemos. Du fait de son ascendance, Valls parle quatre langues latines (l’espagnol, le catalan, le français et l’italien) et se présente en Européen convaincu dans la capitale occidentale de la Méditerranée. Tout d’abord espagnol, ce n’est pas sans conscience qu’il a choisi de devenir français à vingt ans, ayant appris les fondements républicains en s’impliquant très jeune dans la vie politique, aux côtés de Michel Rocard. Une intégration réussie. Républicain français au Royaume d’Espagne, il devient un symbole de ce que le grand projet européen a promis : abolir les frontières. À l’orée d’une campagne européenne qui promet un déferlement nationaliste et souverainiste, ce n’est pas sans panache que cet hidalgo va incarner l’abaissement des marches géographiques et culturelles. Respect.

On peut comprendre qu’à 71 ans, Gérard Collomb ait envie d’une vie plus sereine sur les bords de la Saône et du Rhône, loin de l’hubris politique, cette forme d’orgueil à laquelle répond la colère des Dieux qu’en bon connaisseur du grec ancien il a dénoncé en plein été. L’affaire Benalla est passée par là, le laissant groggy, et son départ résonne comme une alerte pour le président Macron : tenir ses engagements économiques et sociaux tout en maintenant une posture qui soit présidentielle. Bravache à défaut d’être dur, paraissant ne rien contrôler mais certainement sincère devant les commissions d’enquête parlementaires, Collomb a fait l’objet de trop de moqueries pour être en mesure de « terroriser les terroristes », selon la célèbre formule de Pasqua. Le premier des macronistes subit la pénitence de ceux qui restent loyaux à leurs convictions. En préférant la modération à l’affrontement, il est resté tel qu’en lui même : un radical lyonnais. Cette posture, certainement utile pour être un maire bâtisseur, lui a été fatale comme ministre de l’Intérieur.

Voici donc deux destins qu’une génération sépare, que le même parti autrefois réunissait mais opposés sur la définition de la laïcité – libérale pour Collomb, intégrale pour Valls –, qui s’éloignent de la scène nationale pour des directions différentes : régionale pour Collomb, internationale pour Valls. Ces deux réfugiés municipaux ne nous laissent pas indifférents puisqu’ils vont encore compter là où ils sont revenus cette semaine.

Richard Amalvy