Vers une République consulaire

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Certes, il n’est pas facile de conduire un peuple comme le peuple français mais il arrive que la rencontre d’évènements singuliers avec un homme exceptionnel, porteur de projets fondateurs, permette à l’Histoire de constater d’un siècle à l’autre d’incontestables similitudes.

Seuls à ce jour, le Premier consul et le Général de Gaulle ont donné cette image d’hommes exceptionnels qui, portés par des évènements surprenants, ont pu réaliser un projet politique novateur.

Certains ont pu se demander si la survenance inattendue d’Emmanuel Macron et son absence d’antériorités politiques ne le situaient pas au-delà de la banalité de la réforme dans l’aire d’une création novatrice.

Certes, l’arrivée d’Emmanuel Macron dans un monde politique clos qu’il a démantelé, a quelque chose de miraculeux ce qui ne lui ôte pas sa fragilité ; mais le surprenant et l’inattendu sont bien là comme l’exceptionnel d’un homme qui issu d’une écurie socialiste a démontré depuis qu’il n’était le fils de personne sauf des évènements.

Bonaparte aussi n’était le fils de personne sauf de la Révolution et la Révolution est un évènement.

Aujourd’hui, ce nouveau Président entreprend des réformes dont beaucoup sont nécessaires et certaines aléatoires mais le vrai projet du quinquennat semble être la présidentialisation du régime.

Or, la Cinquième république est une synthèse entre la domination parlementaire des deux républiques précédentes et la primauté de l’exécutif qui nous vient de Bonaparte.

Aussi, faudra-t-il toujours éviter de rompre la logique d’un système politique qui a montré ses facultés d’adaptation en supportant sans faiblir institutionnellement des cohabitations dans des sens politiques contradictoires.

Mais le projet présidentiel ne touche pas qu’à la Constitution, il s’inscrit dans des lois organiques ou ordinaires dont certaines touchent le nombre, l’élection et la condition des parlementaires.

 

Les députés doivent rester les élus de la Nation parce qu’ils représentent le peuple ; ils n’ont pas à être calibrés et leur environnement d’élu n’a pas à être organisé par d’autres qu’eux-mêmes ou par ceux qu’ils auront choisis.

Disposer autrement serait atteindre la valeur du fait majoritaire qui permet qu’au lendemain de l’élection de l’Assemblée nationale le Président puisse faire un gouvernement et qu’ainsi se réalise la synthèse singulière des deux élus du suffrage universel : le Président et l’Assemblée.

Aller dans un sens, c’est retrouver un régime d’assemblée, aller dans un autre, c’est faire du Président un Consul pour cinq ans.

L’Assemblée n’est pas, comme on le dit trop souvent, un contre-pouvoir, elle est un pouvoir ; le contre-pouvoir, c’est le Sénat, pas le Sénat de l’Assemblée mais le Sénat de la République.

Quant aux députés, ce n’est pas parce qu’ils seront moins nombreux qu’ils seront plus savants ou qu’ils seront plus compétents parce qu’ils seront plus assistés ; on rappellera que le suffrage n’est ni technique ni technologique, il est politique. Une élection législative n’est pas l’accès à une dignité mais l’expression d’une réussite.

Il arrive qu’il y ait des assemblées trop nombreuses, il faut les réduire mais pas au point d’en faire un extrait ou une sélection. Il faut que puissent s’y retrouver ceux qui sont proches et ceux qui sont différents.

On n’oubliera pas aussi qu’autant que les hommes, c’est le sol où ils vivent qui doit être représenté car la France est territoriale et aucune part d’elle-même ne doit rester sans représentation.

 

Bien sûr, le révisionnisme est un mal français mais il n’a jamais eu de chance que grâce à des évènements de haute stature.

L’Empire finit à Waterloo puis à Sedan la Troisième République avec le désastre de 1940, la Quatrième mourut d’épuisement à Alger en 1958.

Rien n’est en vue pour la Cinquième. Fondée par le Général de Gaulle, lavée de tout soupçon par une confirmation de quatorze ans puisque François Mitterrand parut s’en satisfaire jusqu’à n’y rien changer ce qui apporte une preuve de plus à son apolitisme.

Les épreuves surmontées au cours d’une durée inhabituelle lui donnent déjà ce caractère intemporel qui laisse croire qu’elle est encore là pour longtemps.

Apolitique et intemporelle, cette République reste solitaire dans la manière de conduire les peuples ; c’est la fragilité des synthèses qu’elle met en ordre qui fait sa solidité.

 

Mais le mot présidentiel doit être évité car cette République est une synthèse qui laisse peu de place à sa propre réforme.

Entre un gouvernement d’assemblée et un exécutif bonapartiste, il n’y a qu’un espace fragile, c’est celui qu’a découvert la Vème République.

La France est une Nation où une République présidentielle deviendrait une République consulaire qui serait à deux pas d’une République césarienne.

Jacques Limouzy