Avez-vous vu Vierzon ?

«T’as voulu voir Vesoul et on a vu Vesoul» chantait Jacques Brel… La semaine dernière, un tiers du gouvernement, dont Manuel Valls, a été mobilisé à Vesoul (Haute-Saône) pour participer, sous la présidence de François Hollande, à un «Comité Interministériel sur la ruralité», et adresser ainsi de nouveaux signaux à ces Français des champs qui se sentent souvent délaissés, et en particulier, promettre 21 mesures en faveur des territoires ruraux et un déblocage de 500 millions d’euros. Après avoir coupé les vivres aux collectivités, le gouvernement, pour avoir l’air généreux, laisse échapper quelque argent, puisé on ne sait où.

Belle image. Voir notre Guide aller ainsi à la rencontre du peuple rural pour porter le message qu’il n’est pas oublié et que la relance vigoureuse promise, que sœur Anne attend encore, le concerne aussi. Pour l’occasion, le Chef de l’Etat et le Premier Ministre embarquaient respectivement leurs troupes dans deux avions de la République, le premier avec quelques poids lourds du gouvernement, Royal, Vallaud-Belkacem ou Le Foll, l’autre, avec les «  seconds couteaux  » Neuville, Rossignol, Pinel ou Lebranchu (ceux dont le nom ne dit rien à une majorité de Français). Comme l’a dit un responsable, «C’est un peu «La Légion saute sur Vesoul» cette affaire».

En fait, la Haute-Saône n’avait pas été choisie par hasard. L’exécutif y a lancé une «  opération séduction  » car le Front National y avait effectué une percée lors des élections de mars, alors même que le Parti Socialiste se déchire sur la stratégie à adopter pour limiter les dégâts dans les régions menacées par le FN. «L’Etat étant présent partout, l’exécutif a légitimement vocation à aller partout» a dit un Conseiller de la Présidence pour justifier le déplacement. Et s’ils essayaient la Seine-Saint-Denis ? Le 93 ? Ils n’auraient pas besoin d’avions…

«Opération séduction» ? Cela signifie sûrement qu’on voudrait séduire, mais ne garantit pas à coup sûr qu’on séduise. Les faits (s’il y en a !) séduisent plus réellement que les mots et les sourires. Assez du «politiquement correct» : nos élites font de la retape électorale. Un Roi avec sa cour ? Ce n’est qu’un sous-préfet aux champs. Bientôt ils vont faire les foires… Y a-t-il une si grande urgence en ce moment ? Il y avait ce lundi des sinistrés dans le Sud (Lodève vaut Vesoul !), sur fond de crise migratoire, et ils se promènent pendant que la Chancelière Merkel est aux affaires, à Berlin ! Après tout, pendant ce temps, c’est Angela qui gère… Douze ministres, rien que ça ! C’est presque l’équivalent (en nombre, pas en talent !) du gouvernement allemand !

Tous ces ministres n’ont-ils donc pas de travail ? Finalement, quand on y pense, c’est quand ils s’occupent comme cela qu’ils font le moins de dégâts. Et puis, qui paie ? Il n’y a sans doute pas que moi que cela choque de voir qu’ils paient leur campagne électorale aux frais du budget de l’Etat. Hors frais de campagne et sans vergogne. Et pour vendre du vent. Nicolas Sarkozy a été sanctionné pour bien moins que cela. A qui seront imputés ces frais de campagne ? Personne ne s’insurge que des membres du gouvernement se déplacent en grand nombre pour préparer des élections ? L’escadron de propagande est en action. Lequel d’entre eux a trouvé cette bonne idée ? Bien sûr, on regarde qui vote quoi avant de planifier un déplacement !

Au fond, puisque j’ai emprunté mon titre à la célèbre chanson de Jacques Brel, avant qu’ils veuillent suivre ses conseils en allant voir Vierzon ou Honfleur (et «ta soeur, comme toujours !» ainsi qu’il le chante), je ne puis que leur adresser la fin de la chanson  : 

«Mais je te le dis, je n’irai pas plus loin,
Mais je te préviens, le voyage est fini,
D’ailleurs, j’ai horreur de tous les flonflons, de la valse musette et de l’accordéon»…

Pierre NESPOULOUS