Villefranche d’Albigeois se souvient 100 ans après.

Photo de famille à Bessoulet en 1900 (Photo Archives Départementales du Tarn)

En cette année de commémoration du centenaire de la fin de la Première Guerre mondiale, Villefranche d’Albigeois va rendre hommage à Louis Jaurès dont le nom est inscrit sur le monument aux morts, comme les 40 autres victimes du conflit, originaires de la commune. Une publication de Bibliothèque de la Revue du Tarn est éditée à cette occasion et regroupera les hommages de plusieurs personnalités de la région, du département mais aussi celui de Madame la Ministre de la Justice et Garde des Sceaux, Nicole Belloubet.

Louis Jaurès (1898-1918)

Louis Jaurès, de son nom complet Paul, Auguste, Marie, Louis Jaurès, n’est autre que le fils cadet de Jean Jaurès, brillant député, originaire du sud du Tarn, plus exactement de La Fédial, une ferme aux environs de Castres et de Louise Bois. Cette dernière est Villefranchoise de cœur car sa mère, Marie-Philippine Gisclard épouse Bois, appartient à la famille assez influente des Gisclard et des Thiéry qui réside au Barry, place du Foirail, en haut du village de Villefranche d’Albigeois.

Louis reste peu connu du grand public, il n’a pas eu droit, comme sa sœur ainée Madeleine, aux caricatures de la presse nationale. Pour la petite histoire, Madeleine a fait sa communion, le 7 juillet 1901, à Villefranche d’Albigeois. En cette circonstance, nombreux sont les adversaires politiques et même les amis de Jean Jaurès qui ne comprennent pas comment le tribun rationaliste et promoteur de la laïcité a pu laisser sa fille Madeleine faire sa première communion, après avoir suivi la préparation chez les « bonnes sœurs » du couvent de Bénêche à Villefranche…

Raconter la vie de Louis est captivant, tant son parcours est peu ordinaire. Sa jeunesse est certes riche en évènements peu communs mais elle s’est terminée très tôt, trop tôt et de façon tragique, il était né en 1898 et décèda sur le champ de bataille le 3juin 1918.

Sa vie démarre dans un hôtel de la République à Nontron, ville où son grand-père maternel est sous-préfet, pour finir sur un champ de bataille pour défendre cette même République que son père avait défendu plus tôt, avec tant d’ardeur. Durant les vingt années de son existence, à de maintes et maintes reprises, il a séjourné, ici à Villefranche sur notre commune qui aujourd’hui se souvient, dans ce pays qu’il aimait tant, dans sa chère maison de vacances de Bessoulet. C’était pour lui un havre de paix, de bonheur, d’innocence, où il a grandi, où il s’est construit, où il aimait se ressourcer, entouré de l’affection des siens, où il a connu le désespoir, où se sont enracinées sa volonté, sa détermination sans faille d’aller au combat pour défendre l’honneur d’un nom, le sien, celui des Jaurès. Certains prétendantes que lors des obsèques de son Père, il décida de s’engager.

Il lui sera rendu hommage de trois manières différentes, il y aura tout d’abord une commémoration au monument aux morts à 10h30 qui sera suivi d’un vin d’honneur dans le parc de Bessoulet (demeure des Jaurès sur la commune) dès 11h30, l’ensemble de la population est invitée à se joindre à cette commémoration

A 14H30, La commune a décidé d’accueillir une après-midi d’études consacrée à Louis Jaurès, placée sous l’égide de la société des études jaurésienne et de la fondation Jean Jaurès qui se déroulera à la salle polyvalente de Villefranche sur le thème « Les Jaurès, les Bois, les Gisclard » : une famille de Villefranche, avec les interventions de :

  • Mr Candar, président des études jaurésiennes, Louis Jaurès dans l’historiographie jaurésienne
  • Mr Rémy Cazals professeur émérite d’histoire contemporaine à l’Université Jean JAURÈS de Toulouse, La guerre et ses conséquences telles que Jean Jaurès les avait annoncées
  • Mr Jean Baptiste ALBA directeur du Centre national et Musée Jean JAURÈS de Castres, Aspirant Louis Jaurès, « Faire face toujours »
  • Mr Daniel Charbonnel professeur d’histoire au lycée Laure Gatet de Périgueux, Le sous-préfet Jean-Eugène Bois, beau-père de Jean Jaurès
  • Mr Jean Le Pottier directeur des Archives Départementales du Tarn, la famille Gisclard, famille maternelle de l’épouse de Jean Jaurès : une famille engagée en politique.
  • Mr Jean- Emmanuel Ducoin rédacteur en chef de « L’Humanité », Ecrire aujourd’hui sur Louis Jaurès
  • Mr Rémy Pech ancien président de l’Université Jean JAURÈS de Toulouse et président des Amis de Jaurès à Toulouse. Conclusion de l’après midi.

En parallèle de cette journée de commémoration, il est imprimé un ouvrage composé d’hommages d’un certain nombre de personnalités (madame Belloubet l’actuelle ministre de la justice et gardes des sceaux nous a transis un mot touchant, où elle indique être « ..émue de voir le village de Villefranche d’albigeois honorer la mémoire de ses soldats disparus et particulièrement de ce très jeune aspirant de 19 ans, Louis Jaurès, fils du grand Jaurès.. », notre député Philippe Folliot, nos deux sénateurs M Carcenac et Bonnecarrère, évoquent le fils de Jean Jaurès. Carole Delga revient sur la similitude de leur mort, tout deux touchés à tête avant de mourir. Le président du département indique qu’un nouveau foyer de commémoration apparaît à Villefranche autour des Jaurès. Valérie Vithe indique un nom au milieu des autres enfants de la commune morts pour la patrie, les textes sont accompagnés de photographies en partie inédites et d’une biographie due à Jean-Baptiste Alba qui est tiré du numéro 250 à paraître de la revue du Tarn. Il a été décidé de reprendre deux textes plus ou moins connus de contemporains de Louis Jaurès, ces textes présents dans cette publication aident à mieux connaître Louis Jaurès. L’article de Luce Floureusses-Pujol, contemporaine de Louis, le présente jeune adolescent et raconte des anecdotes qu’ils ont vécues ensemble, ici à Villefranche, l’anecdote du dernier Noel passé en famille à Bessoulet. Celui du docteur Louis Devoisins qui n’est autre que le propriétaire de « La Valette », une ferme voisine de Bessoulet, et ancien maire d’Albi, nous éclaire sur un Louis lycéen et étudiant. Le texte de Jean-Baptiste Alba relate la courte vie de Louis, de sa naissance à Nontron à sa disparition sur le champ de bataille à Pernant, et décrit sa scolarité et sa volonté farouche de s’engager pour son pays et pour son père.

Dans ce recueil, il est bouleversant de lire les lettres de sa mère, qui a perdu son époux assassiné le 31juillet 1914 à Paris à la veille de la guerre et qui cherche son fils, partout, à l’été 1918, presque à la fin de ce long conflit. On lit le désespoir d’une maman qui veut revoir son grand garçon, le serrer dans ses bras. Par deux fois, le préfet du Tarn est venu en personne rencontrer Louise Jaurès à Bessoulet pour lui annoncer une première fois l’assassinat de son époux en 1914 et la deuxième fois, en 1918, la disparition de son cher Louis. Elle écrit à Pierre Renaudel : « Secourez-moi, car moi je n’ai plus de force, je suis à bout ! ». Dans une autre lettre, elle a espoir qu’il soit encore en vie et qu’il ait été fait prisonnier « Louis a été blessé à la tête. Recherchez dans les ambulances, les hôpitaux allemands, un jeune homme que l’on n’aurait pu identifier (car il ne portait jamais son bracelet, aurait pu perdre son portefeuille ou ne pas l’avoir sur lui), frappé d’insensibilité, même d’amnésie. Si cela était nécessaire, j’enverrais des photographies… » Les correspondances de Lili Esquilat, sa cousine, ont à peu près le même contenu. Ce jeune héros qui honore Villefranche d’Albigeois est à découvrir.

 

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