Visite de Monseigneur Jean Legrez au Salon de l’Agriculture

Pour la première fois, une délégation composée de 15 évêques, parmi lesquels Monseigneur Jean Legrez, op. Archevêque d’Albi, se rendra le lundi 29 février au Salon de l’agriculture. L’Église de France manifeste sa proximité et son soutien aux agriculteurs qui, bien souvent, sont dans des situations difficiles. Plus largement, c’est son attention au monde rural que l’Église veut réaffirmer. Les mutations que le monde agricole vit ne doivent se faire ni en sacrifiant les vies de ceux qui contribuent si fortement au développement de nos régions, ni au détriment de la terre. L’Église ne prétend pas avoir des solutions, mais elle ne se lassera pas de plaider, parce que cela fait partie de sa mission et de sa vocation, pour que les processus économiques demeurent au service de l’homme.

Entretien avec Monseigneur Philippe Mousset, évêque de Périgueux et accompagnateur de la mission en monde rural

À propos du Salon de l’Agriculture et de la raison de la présence de la délégation des
évêques, Il n’y a pas d’humanité sans culture de la terre

(…)  » cultiver  » est une activité typiquement humaine et fondamentale. Dans le travail des agriculteurs, en fait, il y a l’accueil du don précieux de la terre qui vient de Dieu, mais il y a aussi la valorisation du travail également précieux des hommes et des femmes, appelés à répondre avec audace et créativité à la mission confiée depuis toujours à l’homme, celle de cultiver et de prendre soin de la terre (Gn 2,15)… Le verbe  » cultiver  » remet à l’esprit le soin que l’agriculteur a pour sa terre pour qu’elle donne du fruit et qu’il soit partagé : combien d’attention, combien de patience, combien de dévouement dans tout cela ! On crée un rapport familial et la terre devient la  » soeur  » terre. Vraiment, il n’y a pas d’humanité sans culture de la terre ; il n’y a pas de bonne vie sans la nourriture qu’elle produit pour les hommes et les femmes de tous les continents. L’agriculture démontre donc son rôle central.

L’œuvre de ceux qui cultivent la terre, lui consacrant généreusement temps et énergie, se présente comme une vraie et particulière vocation. Elle mérite d’être reconnue et valorisée en conséquence, également dans les choix politiques et économiques concrets. Il s’agit d’éliminer les obstacles qui pénalisent une activité si précieuse et qui souvent la font apparaître peu attractive aux nouvelles générations (…) Dans le même temps il faut prêter attention à la soustraction déjà trop répandue des terres agricoles pour les consacrer à d’autres activités, peut-être plus rentables en apparence. Ici aussi domine le dieu argent ! Comme ces personnes qui n’ont pas de sentiments, qui vendent leur famille, leur mère, ici la tentation est de vendre la terre mère.
Le défi est : comment réaliser une agriculture à faible impact environnemental ? Comment faire de telle sorte que notre manière de cultiver la terre soit en même temps aussi une manière d’en prendre soin. En fait, c’est seulement ainsi que les futures générations pourront continuer à l’habiter et à la cultiver.

Face à ces interrogations, je voudrais adresser une invitation et une proposition. L’invitation est celle de retrouver l’amour de la terre en tant que  » mère «  – dirait saint François – de laquelle nous sommes tirés et à laquelle nous sommes appelés à retourner constamment. De là vient une proposition : prendre soin de la terre, en faisant alliance avec elle, afin qu’elle puisse continuer à être, comme Dieu le veut, source de vie pour la famille humaine entière. C’est le contraire de l’exploitation de la terre, comme si cette dernière n’avait pas de rapport avec nous – elle n’est alors plus la mère -, et de son affaiblissement et son abandon parce qu’elle ne sert à rien.
Pape François

Rome, 31 janvier 2015, à la Confédération des cultivateurs italiens  » Si nous approchons de la nature et de l’environnement sans cette ouverture à l’étonnement et à l’émerveillement, si nous ne parlons plus le langage de la fraternité et de la beauté dans notre relation avec le monde, nos attitudes seront celles du dominateur, du consommateur ou du pur exploiteur de ressources, incapable de fixer des limites à ses intérêts immédiats. « 

Pape François, Encyclique « Loué sois-Tu », mai 2015, n°216 et 222