Vladivostok  

Située à plus de 6 500 km de Moscou, Vladivostok, fenêtre de la Russie sur l’extrême orient, terminus sur la gigantesque ligne ferroviaire du transsibérien, sert aussi de base pour la flotte russe du Pacifique depuis les années 1860. La ville constitue ainsi un site militaire d’importance et était fermée aux étrangers du temps de l’Union Soviétique. Elle ne s’est ouverte aux touristes qu’à la chute de l’URSS en 1991 et a connu, depuis, des investissements énormes dans les infrastructures. Voilà donc que la Chine revendique Vladivostok, a-t-on appris en ce mois de juillet 2020 ! La sinisation de cette vaste région sous-peuplée et le risque à long terme d’une annexion par la Chine de ces territoires longtemps délaissés par Moscou sont des craintes profondément ancrées dans l’imaginaire politique russe. L’ambassadeur de Chine a déclaré que « la ville s’appelait Haishenwai en tant que territoire chinois, avant que la Russie ne l’annexe par le biais d’un traité inéquitable ». Il nous étonnerait que le tsar Poutine soit d’accord…

Les visées expansionnistes de la Chine ne datent pas d’hier : on se souvient de l’incorporation du Tibet à la République Populaire de Chine en 1950, appelée la « libération pacifique du Tibet », qui avait alors entraîné des soulèvements et en 1959 la fuite en exil du dalaï-lama. Récemment, en juin 2020, à propos de contestations sur les frontières sino-indiennes de l’Himalaya, un affrontement mortel a causé une soixantaine de morts.

Et l’actualité nous informe quotidiennement des difficultés causées à Hong Kong par la récente loi imposée par Pékin, dite « de sécurité nationale ». Un britannique ayant vécu là-bas toute sa vie a déclaré : « L’obscurité s’est abattue sur nous ! » Hong Kong est la huitième entité commerciale et la troisième place financière au monde. Colonie britannique à partir de 1842 (traité de Nankin) rétrocédée à la Chine en 1997, elle demeure différente du reste de la Chine, la République populaire s’étant engagée à maintenir le système économique et législatif local pendant 50 ans après la rétrocession et ne pas y appliquer le système socialiste. Mais M. Xi Jinping semble ne pas avoir la patience d’attendre 2047, l’entrée en vigueur de la loi sur la sécurité nationale imposée par Pékin montre que la reprise en mains par la Chine s’accentue sur le territoire. La pression politique y est subie continuellement depuis plus d’un an, d’importantes manifestations succédant à celles de 2003, 2012 et 2014. C’est une atteinte à l’autonomie de Hong Kong et au principe d’ « un pays, deux systèmes » sur lequel vit l’ex-colonie britannique depuis 1997.

Ainsi, ils viennent chercher Hong Kong, Taïwan, Bhoutan, et le général Li Zuoscheng précise leur détermination : « Nous ne promettons pas d’abandonner le recours à la force, et nous nous réservons la possibilité de prendre toutes les mesures nécessaires pour stabiliser et contrôler la situation dans le détroit de Taïwan »… Londres, les USA, l’Australie, la France (par la voix de Le Drian, ministre des Affaires étrangères) annoncent des « mesures » en réaction au comportement politique des Chinois envers Hong Kong, mais pour Pékin, ces déclarations molles et universalistes ne sont que « paroles verbales ».

L’habituelle thèse d’une partie des « libéraux » concernant la mondialisation consiste à ne voir que du positif à un libre échange généralisé et aveugle, y compris avec la Chine communiste, ouvrant la question de notre dépendance excessive en certains produits, comme on vient de le voir par exemple, en matière de médicaments et équipements médicaux. Certains sont aveuglés par une thèse simpliste voulant qu’un libre-échange généralisé et inconditionnel amène le progrès économique pour tous, puis le progrès démocratique pour tous et bientôt le paradis sur terre. Au mépris des réalités. C’est le même raisonnement angélique déconnecté du réel que celui des gens qui pensent que la suppression des frontières apportera la paix sur terre.

La crise du coronavirus est passée par là et a catalysé encore plus les évolutions largement observables auparavant. Tout démontre, aujourd’hui, que le parti communiste chinois veut profiter de l’affaiblissement de l’Occident, qui reste muet, pour étendre son influence et sa domination : Hong Kong écrasée, incidents à la frontière avec l’Inde, mer de Chine sous la domination maritime chinoise, enquêtes sur le coronavirus balayées d’un revers de main, Xi n’a plus peur des réactions occidentales et il le prouve, avec la doctrine du communisme, définie jadis par Joseph Staline : « Ce qui est à moi est à moi, ce qui et à toi est négociable ! ».

Pierre Nespoulous