Vœux imprudents

Le Président Hollande a, comme de tradition, présenté ses vœux aux Français. Il avait, paraît-il, méticuleusement préparé sa mise en scène. Sur un fond lourdement chargé de dorures, devant un grand bureau XVIII° siècle, il ressortait de cette installation l’image surannée d’un monarque en décalage avec l’évolution de notre société, ou celle d’un petit fonctionnaire qui affirme sa réussite. Ce bureau vide et nu semblait nous dire que rien n’est fait et qu’il n’y a pas d’affaire en cours ! C’est la première chose que beaucoup ont remarqué. C’est plutôt raté pour quelqu’un qui se proposait, nous a-t-on annoncé, de se montrer « au boulot ».

Un bureau vide et nu comme après une saisie d’huissier de justice. Mauvais présage pour la France. En dehors de ces apparences, aucune annonce, rien de nouveau, aucune perspective, si ce n’est l’incantation du « pacte de responsabilité », remède miracle à une situation qui connaît une série de records, sur le chômage, les déficits publics et autres. Il persiste dans le déni de réalité, le refus de voir l’état du pays et de reconnaître ses échecs : « Je maintiens le cap ! »

Dès lundi, il a réitéré, avec une longue intervention publique, sur une radio nationale, sentant qu’il devait placer ce début 2015 sous le signe de la communication. La communication, arme nouvelle ? Ce terme recouvre ce que, dans nos contrées, nous appelions jadis « la réclame ». L’énigme demeure pour moi. Qui est vraiment le Président Hollande ? Un optimiste ou un illusionniste ? Il laisse en effet derrière lui, pour l’observateur lambda, l’impression de celui qui s’est bien joué de son interlocuteur par un mélange de rouerie et d’habileté narquoise. Il faut au joueur de bonneteau un public consentant, mais la politique, la conduite de la nation ne se traitent pas par des effets de communication, de bons mots et autres « petites blagues », en un mot, par du boniment.

A peine François Hollande est-il à la moitié de son quinquennat qu’il engage son boniment de campagne pour 2017. Quand arrêtera-t-on ces anaphores faites d’inanité et de fatuité ? Après le « Moi…je, Moi… je » nous avons eu droit à « La France…, La France… ». Tiens ? Il n’a pas prononcé une fois le terme de « Nation » ! Mais il s’est fait, dans ses vœux pour 2015, le chantre de la réforme, de l’audace et de la confiance face aux conservatismes et aux populismes, se gardant toutefois de promesses ou d’annonces majeures après une année qualifiée de « rude » ! Oui, l’idée essentielle est une série d’encouragements au comportement des Français, avec un maître mot : « de l’audace » ! « De l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace ! » avait dit Danton. Mais attention ! Celui-ci a mal terminé ! Pas de risque. Il est tellement audacieux qu’il est dans le renoncement perpétuel. C’est un personnage « normal », comme il l’a voulu. Il fut hélas un temps où les présidents des Français imposaient le respect.

Il lui reste le cap sur l’écologie. Une opportunité supplémentaire pour la « réclame », en mettant l’accent sur la préparation de la Conférence mondiale sur le climat qui aura lieu en France fin 2015. Comment ne pas chercher d’obtenir une aura internationale avec la gigantesque opération de communication que le budget de 300 millions d’euros laisse présager ? Cela pourrait être une affaire de famille, avec la ministre de l’écologie, son ex (la première, pas l’autre) !

Dans cet exercice difficile, quelques propos imprudents ne lui ont-ils pas échappé ? En particulier de noter que la croissance de la France avait été pendant 10 ans, sous Chirac et Sarkozy, supérieure à celle de nos voisins européens ! Alors il implore passivement le retour de la croissance pour 2015. Si une reprise s’annonçait, ce que nous espérons tous, elle n’en devrait toutefois rien à la politique en place, mais serait due à la conjoncture, des taux d’intérêt, du pétrole et de l’euro historiquement bas.

Je rappelais récemment, dans ces colonnes, l’annonce pleine d’assurance mais imprudente faite par le Président fraîchement élu en 2012, d’une nette amélioration de la situation « à l’horizon 2013 ». Nous sommes en 2015, et cela justifie la définition de « l’horizon » par le dictionnaire, qui est : « ligne imaginaire qui recule au fur et à mesure qu’on avance ». Promesse tenue ? Finalement, devant la banalité de l’exercice, est-ce bien des vœux que les Français attendaient en ce début d’année, ou plutôt des explications et des excuses ?

Pierre Nespoulous