Vote FN : une plongée «sous Marine» s’impose

Richard Amalvy tente de comprendre ce qu’il y a sous la «vague» promise par Marine Le Pen. Pour comprendre le vote FN, une plongée «sous Marine» s’impose.

D’après la politologue Nonna Mayer (Sciences Po Paris), l’audience de Marine Le Pen est très ciblée : elle parle d’abord aux précaires et aux inaudibles. Les précaires se comptent en millions, souffrant de problèmes économiques, sociaux et moraux. Pour beaucoup, ce sont d’anciens électeurs du parti communiste ou du parti socialiste, partis qu’ils choisissaient naturellement en faisant l’association d’idée gauche-classe populaire. Pour prospérer auprès des nouveaux précaires, au contraire de son père que l’on a connu ultra-libéral dans les années 80 (reaganien et thatchérien), Marine Le Pen a piqué une grande partie de son programme économique et social au Front de gauche, et elle soutient sans sourciller le parti d’extrême gauche grec Syriza. Elle opère ainsi une double confiscation dont Mélenchon et ses amis sont les victimes : elle s’approprie médiatiquement les alliés européens du Front de Gauche, et elle lui dérobe ses électeurs. Car comme Mélenchon, elle a compris que les élites se sont éloignées du peuple souffrant, et selon les sociologues qui observent sa progression, l’héritière Le Pen, élevée à Saint Cloud, fait plus peuple que son challenger de gauche. Nicolas Sarkozy a beau jeu de dire qu’elle n’est plus d’extrême droite mais d’extrême gauche. Une mise en scène, en quelque sorte.

Mais parmi les nouveaux précaires, se trouvent aussi des artisans, des commerçants, des agriculteurs, des petits patrons et des travailleurs en libéral écrasés par les charges et les taxes. Ceux-là viennent souvent de la droite. Pour prospérer auprès d’eux, Marine Le Pen est tout d’abord antisocialiste. Son père ne l’était pas vraiment puisqu’il était l’allié naturel de Mitterrand. Mais pour ce public de droite, Marine Le Pen ressuscite aussi le Poujadisme, ni plus ni moins. Encore une mise en scène.

Comme moi, vous connaissez sans doute des électeurs qui semblent déterminés à «essayer» la solution frontiste, même sans adhésion, parce qu’ils croient que tout le reste a échoué. Il est nécessaire de leur rappeler les choses suivantes.

Le discours simpliste de Marine Le Pen consiste à parler à tous les nouveaux précaires qui se sentent inaudibles. Mais ils sont si différents par nature qu’elle doit trouver un dénominateur commun extrêmement fort pour les réunir. C’est là, que tout en élaborant un discours d’extrême gauche aux accents antisocialiste et poujadiste, la fille à papa exploite le fond de commerce familial en désignant l’ennemi habituel de l’extrême droite : l’étranger. Cela lui permet de parler aux racistes et aux xénophobes de tout poil. Et il en existe d’autant plus que Marine leur confirme que l’enfer en France, c’est bien l’immigré (et l’Europe). Au Front national, tout en opposant la nation au mondialisme (l’ancien cosmopolitisme), on ressort les procédés antisémites du XIXè siècle. À cette époque, si l’antisémitisme de droite avait une origine religieuse, l’antisémitisme de gauche mêlait l’anticapitalisme au nationalisme républicain et à l’anticléricalisme. Le Pen fille fait donc recette en étant anticapitaliste comme Mélenchon, en préemptant le patriotisme des gaullistes (ce qui permet de masquer le nationalisme), et en réconciliant les identitaires catholiques et les anticléricaux sous l’étendard de la laïcité. Un «partie ramasse-tout» comme le dit Alain Juppé. Et pour expliquer la nouvelle précarisation des français, Marine Le Pen utilise la peur diffuse des immigrés et l’euroscepticisme sur les sujets liés à la sécurité, au travail, à l’aide sociale, à l’identité nationale et à la souveraineté. Comme nous l’expliquions la semaine dernière, ce n’est pas l’immigration qui doit être remise en cause – car elle est nécessaire –, c’est la politique qui la régule. Les propositions de la Droite républicaine doivent tout simplement être appliquées.

Marine Le Pen accroît son audience en vue de l’élection présidentielle de 2017. Les électeurs qui ont voté Front national aux municipales de 2014 et aux départementales de 2015 ne font pas un choix local. Ils anticipent un choix national.

Pour la plupart, les candidats frontistes sont inaptes aux mandats auxquels ils prétendent : ils sont dans la situation des candidats de Gauche de 1977 (municipales) et de 1981 (législatives). Le Front national, comme les communistes et les socialistes de l’époque, manque de cadres formés.

Cette semaine, chose exceptionnelle, le Medef est entré dans le débat électoral pour expliquer l’absurdité du programme économique du parti frontiste. Inspirateur du pacte de responsabilité l’an dernier, M. Gattaz a répété : «les Français veulent du travail, du pouvoir d’achat et de l’espoir… Il faut faire une politique sur l’entreprise et l’économie, et libérer le marché du travail».

J’espère avoir convaincu ceux qui seraient tentés de voter pour le Front national dimanche prochain. Pour comprendre ce qu’il y a sous la «vague» promise, il fallait passer par cette plongée « sous Marine ».

Pour ma part, je voterai pour les candidats de l’alliance UMP-UDI qui sont capables d’entendre le désarroi de nos compatriotes et d’agir en conséquences, surtout si une nouvelle majorité l’emporte. Dans le Tarn, là où il n’y a plus de candidats UMP-UDI, je préconise de faire barrage au Front national par tous les moyens. Pour des raisons historiques que nous connaissons, les gaullistes, pour ce qui les concerne, ne peuvent pas voter pour l’extrême droite, même si elle se déguise en extrême gauche.

Richard Amalvy