Vous avez dit moralisation ?

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On allait voir ce qu’on allait voir. Une nouvelle ère s’ouvrait, plus rien ne serait comme avant. Dans un ciel dont il désespérait surgit, solennel et plein de suffisance, l’ineffable Bayrou : « Je demande expressément que le programme qui sera présenté par Emmanuel Macron comporte en priorité une loi de moralisation de la vie politique ». Après quoi il se fit prendre lui-même les doigts dans la confiture et dut démissionner, ce qui était la moindre des choses pour un ministre de la Justice.

Le terme de « moralisation » sentait un moralisme d’un autre temps, surtout à un moment où pas mal de zones d’ombre entouraient le financement de la campagne de Macron et où le responsable principal de LREM, Richard Ferrand, passait sous les fourches caudines de la Justice. Une formulation plus édulcorée fut trouvée : « Loi pour la confiance dans la vie politique ». Aurore Bergé se prenait pour Mirabeau et l’on vota cette loi dans l’exaltation d’une nuit du 4 août ! L’on aboutit à un texte dont on retient qu’un parlementaire, pour installer cette confiance, ne saurait employer sa femme, son fils ou sa belle-mère comme assistant, mais peut allègrement employer sa maîtresse. Pas très regardants, les macronistes !

Oubliés dans la loi sont aussi les transfuges, ces élus qui sans vergogne changent de veste mais gardent leur siège alors que la dignité voudrait qu’ils le rendent à ceux qui les ont élus au lieu de l’emporter avec eux dans le camp d’en face ! Etonnants parcours que ceux de ces félons et autres indécis aux convictions réversibles qu’on a surnommés, au fil des époques, girouettes, moulins à vent, matois, opportunistes, saxons ou jaunes, entre idéaux bafoués et réalités mouvantes. Nous connaissons des élus qui ont collectionné les étiquettes : pour durer, il faut s’adapter…

La période récente, après le ralliement de certains carriéristes qui pourraient chanter avec Jacques Dutronc « Je retourne ma veste toujours du bon côté », vient de nous offrir deux exemples majeurs de profiteurs et arrivistes sans honneur ni parole. Thierry Solère, d’abord. Cet as du transformisme se pavane, avec un cynisme insolent, court après les micros et les plateaux télés comme le « chevalier blanc » qu’il n’est pas. Il a joué sur son statut de faux opposant pour se faire élire indûment à la questure de l’Assemblée Nationale et se fait tordre le bras par des pressions venant du plus haut niveau pour quitter cette confortable et surtout très lucrative fonction. Position méprisable : LR au Conseil Régional d’Ile de France, LREM à l’Assemblée ! Depuis, un autre exemple nous est offert par Olivier Dussopt qui vient de rejoindre le ministère de Bercy ce haut lieu des transfuges Le Maire et Darmanin. Sorte de « Jean qui pleure et Jean qui rit », il est capable de voter à l’Assemblée contre le budget 2018 et, la semaine d’après, de défendre celui-ci devant le Sénat comme membre du gouvernement ! Ainsi, arriviste sans reconnaissance ni honneur, il est allé, comme Solère et ainsi que l’on dit vulgairement « à la soupe » dans les bras d’Emmanuel Macron avec lequel naguère il était moins tendre, au point de le traiter, en 2014, de « connard »… Son collègue Boris Vallaud, porte-parole du groupe socialiste à l’Assemblée déclare : « C’est comme s’il venait nous cracher au visage… Malheureusement, je ne découvre pas que l’on est prêt à se vendre pour un plat de lentilles ». Ces gens-là pourraient revendiquer comme leur la réflexion de Mirabeau, ce noble passé du côté du Tiers-Etat et initiateur de la démocratie parlementaire en se faisant payer par le Roi, tout en disant : « Je suis payé, mais je ne suis pas vendu »…

Cette inconstance politique où l’intérêt personnel se mêle à l’absence de convictions ne déconsidère pas seulement ceux qui la manifestent. Elle déshonore aussi ceux qui l’encouragent. Finalement, sont-ils tous pareils et compatibles ? Droite ou gauche, est-ce une option d’étude, à l’ENA ? L’actualité nous ouvre les yeux sur la probité et le sens de l’honneur de beaucoup, si prompts à jeter l’anathème sur « le monde d’avant ». Si « Paris vaut bien une messe », une bonne gamelle vaut bien un reniement. Tout cela jette une lumière crue sur ambiguïté d’une majorité qui avait fait vœu de rompre avec les pratiques peu reluisantes de la politique politicienne. Bien sûr, comme l’a dit jadis l’orfèvre en la matière, Talleyrand, avec son sens de la formule : « Il n’y a pas de trahison, mais seulement une question de dates ! »

Pierre Nespoulous

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